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Témoignage d'un militaire français de retour d'Afghanistan

Le capitaine LS rentre de neuf mois d’Afghanistan. « Une expérience très
enrichissante, au plan tactique surtout, mais également très marquante.
On a fait parfois très mal aux insurgés taliban », se rappelle le jeune
gradé. « En trois semaines d’une opération conjointe avec les forces
spéciales, nous avons réussi à en éliminer une soixantaine ». Mais le
capitaine le reconnaît lui-même : « les talibans ont une grande capacité
de récupération, ils sont chez eux ».


Il réagit à la prochaine évaluation du dispositif français,
ordonnée par le président de la République, afin de réduire les pertes
d’ici au retrait de nos troupes, prévu fin 2014.


« Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’on va à la fois sécuriser
notre départ et prétendre qu’on ne va pas être moins visibles. A partir
du moment où l’on dit que l’on s’en va, il y aura moins de sorties de
soldats français face à l'ennemi, c’est évident".

" D’ici au
désengagement, on ne fera pas autant d’opérations que ces neuf derniers
mois. Car on pourra de moins en moins se permettre d’avoir des pertes
humaines.
Après c’est simple : moins on sort, moins on est confronté au danger et
donc aux pertes. Au fur et à mesure, les sorties de nos militaires en
Afghanistan vont donc se réduire".


"On ne va plus trop chercher à aller dans le fond des vallées,
celle d’Al Assay par exemple, où on a déjà fait mal aux talibans. On va
s’écarter de leurs sanctuaires pour recentrer le dispositif le long de
l’axe qui relie Taghat, Nigrat et la Kapisa, afin de le sécuriser ».


« Bref, on va recentrer notre dispositif militaire dans les
entrées de vallées et sur cet axe principal. De toute façon, dans les
fonds de vallée, la cause talibane est complètement acquise à la
population civile. Il ne faut pas se faire d’illusions. J’ai même vu des
scènes de civils, qui se mettaient devant les insurgés. Dans ces fonds
de vallée, on n’est clairement pas chez nous. Et leur intérêt n’est pas
de changer aujourd’hui alors que nous allons partir dans un an ou deux".


"En revanche, la situation est très différente dans les entrées
de vallées. Là, les milices mises en place il y a un an par la coalition
font, pour certaines, du très bon travail, ce qui nous permet de mieux
contrôler la situation ».


En sortant moins, les militaires français vont perdre un peu le
contact avec la population : « une mauvaise chose » pour le capitaine
LS. En Afghanistan, « la politique de proximité avec la population est
primordiale. Ca a toujours été la French touch d’être au contact de la
population. Cela nous a permis d’avoir des renseignements sur la
présence d’IED (engins explosifs improvisés, ndlr), avant qu’elles nous
frappent ».


Pour le militaire français, « la meilleure façon de sécuriser
notre retrait reste de compter sur les forces afghanes. Elles ont un
meilleur œil, et quand elles sont en premier rideau, c’est très bien,
elles voient des choses que nous ne pouvons pas voir ».


Un de ses collègues des Forces spéciales françaises ajoute : «
c’est grâce à un Afghan que l’an dernier nous avons pu éviter un
attentat suicide contre nos hommes. Cet Afghan avait repéré un homme qui
avait des mollets squelettiques mais au-dessus un embonpoint.
Evidemment, il portait sous son châle une ceinture d’explosifs ». Il a
été tué avant d’actionner sa charge.


Un autre élément a marqué le capitaine LS : le climat.  « En
hiver, dans le fond des vallées, les feuilles étaient tombées des
arbres. Je pouvais installer mes postes d’observation plus hauts sur les
collines, et je voyais très bien ce qui se passait en contrebas. En
revanche en été, les feuilles obstruent la vue des militaires français.
On ne voit rien. On ne peut pas monter de bons postes d’observation. La
green zone, comme on l’appelle, masque vraiment tout mouvement
d’insurgés dans le fond des vallées. Cela fait un excellent camouflage
pour les taliban, on a vraiment de grosses difficultés à contourner cet
écueil. Ca a une influence directe sur nos manœuvres.
En hiver, je bâtissais mes opérations avec un gros appui sur les
hauteurs. Je pouvais ainsi être renseigné au plus loin. En Afghanistan,
le facteur végétation n’est pas du tout anecdotique ».
(Crédit photo: AFP)
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