Victor Robert n'est pas sûr d'animer Pop Com l'an prochain sur Canal+. Ses patrons, Rodolphe Belmer et Ara Aprikian, vont prendre leur décision très prochainement tandis que deux pilotes alternatifs auraient déjà été tournés. La réflexion des dirigeants de Canal+ tient à l'érosion du genre "émission médias" à la télé. Jadis, la chaîne cryptée tenait, quasiment seule, le haut du pavé dans ce domaine. Michel Denisot, puis Marc-Olivier Fogiel avaient ouvert la voie. Sur ce créneau dégagé, le second s'était à la fois fait les dents et un surnom (Marc'O).
Depuis deux ou trois saisons, les émissions médias se sont multipliées sur les autres chaînes, et les blogs sur le Net ont peu à peu préempté le terrain d'excellence de Canal+. Dans un tel contexte, Po p Com peine à trouver sa place. Programmée le dimanche à 18 h 30, l'émission n'a pas hérité de la case horaire la plus facile puisque l'an passé, à la même heure, la grille était cryptée. Avec ce double handicap, pas étonnant que l'audience n'ait jamais décollé, variant autour de 350.000 téléspectateurs pour environ 2,5 % de part d'audience.
Les recettes anciennes ne fonctionnent plus
L'audience n'est pas un facteur décisif sur la chaîne payante. La vraie question est plutôt : comment Canal + peut se différencier dans le traitement de l'actualité des médias ? L'un des moyens - la recette de Fogiel - consistait à assumer une part d'agressivité dans le ton dans un secteur où généralement tout le monde se tape publiquement sur le ventre (pour mieux se flinguer le dos tourné). Sauf que l'ironie sied aux petits, pas aux grands.
Or, Canal+ est devenue une telle puissance capitalistique qu'elle ne peut plus, comme à ses débuts, assumer une telle agressivité vis-à-vis de ses consoeurs. En outre, jusqu'à une période très récente, TF1 et M6 figuraient dans son capital (après l'absorption de TPS). La critique de TF1 et M6 était toujours possible mais dans une moindre mesure, ne serait-ce que par correction pour des partenaires (qui plus est, assez chatouilleux). Enfin, le marché des invités ("je te donne Chain ou Pernaut si tu es gentil avec nous") pousse, là encore, à édulcorer les questions ou les remarques si on ne veut pas se priver des "vedettes people" des autres chaînes.
Victor Robert, le grand absent
La deuxième façon de se distinguer pour Canal + était d'aller toujours plus loin dans la qualité et la pertinence de l'info médias à la télé. Canal + déploie encore des moyens pour couvrir les médias étrangers (ce sont des reportages qui coûtent cher) ou tentent de piquer la curiosité de ses abonnés en traquant les tendances avant-gardistes des médias. Justement : la télé n'est plus "in". Supplanté par les nouvelles technologies, le vieux meuble télé a perdu de son attractivité et de sa créativité. La crise publicitaire - structurelle et conjoncturelle - n'arrange rien... L'intérêt pour la matière "médias et communication" évolue donc vers d'autres territoires qui n'intéressent qu'une niche de "geeks" plus ou moins accros. Bref, le champ des possibles se réduit : 1) faire de l'émission un programme de "people TV" et s'obliger à un ton plus ou moins consensuel qui n'est pas celui habituel de la chaîne ; 2) rester novateur et s'enfermer dans la spécialisation des nouvelles technos (pas très sexy).
Au passage, se pose pour Rodolphe Belmer un problème de "ressource humaine". Victor Robert, tout auréolé du sympathique Effet papillon , l'émission qu'il présentait l'année dernière, a passé une saison difficile. Belmer doit s'atteler à lui redonner confiance et des perspectives. Selon les témoignages de son équipe, au fil des mois, la présence de Robert se faisait de plus en plus rare dans les locaux de la production, à Boulogne. Son titre de corédacteur en chef fut assez fictif... Selon ses proches, il s'est senti floué, car ce n'est pas l'émission qu'on lui avait vendue. Il n'est pas le seul : une certaine forme de découragement s'est rapidement emparée de toute l'équipe au vu des audiences médiocres. Depuis un mois, les incertitudes pesantes sur le sort de l'émission pèsent un peu plus et d'aucuns cherchent du boulot ailleurs pour la saison prochaine. La dernière de Pop Com doit avoir lieu le 20 juin. Ce sera un "best of" pour une année "worst of".