“Je n’hésite jamais à le déclarer, le diplôme est l’ennemi mortel de la culture. Plus les diplômes ont pris d’importance dans la vie (et cette importance n’a fait que croître à cause des circonstances économiques), plus le rendement de l’enseignement a été faible.” Voici ce que dit Paul Valéry, dans son texte “Le bilan de l’intelligence” de 1935, au sujet du baccalauréat. En effet, selon lui, le problème avec le bac, c’est que le but des études devient son obtention, et non plus la formation de l’esprit. Or les deux objectifs sont incompatibles, puisque l’acquisition du diplôme suppose l’usage de toute une série d’expédients ou, si vous préférez, de “trucs et astuces”, contraires à la véritable réflexion.
Serait-ce là une des causes possibles de la fameuse “baisse du niveau” des élèves, particulièrement manifeste dans les disciplines littéraires ? Pourquoi lire un roman quand vous pouvez vous contenter d’un résumé pour vous en sortir honorablement ? Pourquoi perdre un temps infini à réaliser une dissertation, quand vous disposez d’une série de corrigés disponibles que vous arrangerez plus ou moins (plutôt moins que plus, d’ailleurs) ? Vous gagnez ainsi un temps précieux pour travailler les autres disciplines, autrement plus “rentables”. Il y a un véritable paradoxe : jamais les élèves n’ont eu autant d’aide pour réviser (livres parascolaires, fiches de révision déjà faites, sites de révision, cours particuliers …) et jamais les élèves n’ont été aussi mauvais en français. Pourtant, force est d’avouer qu’un candidat aux épreuves de français du baccalauréat de français est abondamment abreuvé de conseils méthodologiques, de connaissances claires et concises, de savoirs problématisés. Les bacheliers, il y a encore quelques années, ne disposaient pas d’autant de ressources disponibles pour leurs révisions. La raison du paradoxe est peut-être là : finalement, tous ces “stratagèmes et les subterfuges […] les recommandations, les préparations stratégiques, et, en somme, l’emploi de tous expédients pour franchir le seuil redoutable”, selon Valéry, ne peuvent tenir lieu de formation intellectuelle : “Il s’agit d’emprunter, et non plus d’acquérir, d’emprunter ce qu’il faut pour passer le baccalauréat.”
Cette observation de Paul Valéry est d’autant plus intéressante qu’elle rejoint les résultats des élèves français au fameux test Pisa, qui comme chacun le sait, se révèlent toujours très décevants. Bien sûr, cette évaluation a fait l’objet de nombreuses critiques, sur lesquelles nous ne nous attarderons pas ici. Retenons seulement ce constat : les élèves français ont un taux de non réponse plus élévé que ceux des autres pays de l’OCDE (15,7 % contre 12,9%) aux questions appelant des réponses construites. Ils éprouvent également beaucoup de difficulté à développer une opinion personnelle. A suivre Paul Valéry, la cause serait l’importance démesurée que nous accordons au baccalauréat qui pousserait les élèves à privilégier un travail inefficace pour le développement intellectuel. Remarquons aussi que le baccalauréat français est l’un des rares diplomes de l’enseignement secondaire à si peu prendre en compte le contôle continu, donc finalement, à être si “risqué”.
Par conséquent, pour bien vous préparer au bac de français, cessez de bachoter ! Allez au théâtre pour réviser l’objet d’étude: “théâtre : texte et représentation” ! Les correcteurs attendent que vous fassiez preuve d’une réflexion authentique et sincère dans vos copies, et non une récitation plus ou moins adroite de cours. Mais si vous ne parvenez pas à prendre de la distance vis à vis de l’examen qui arrive à grands pas, quelques ressources pour continuer dans vos mauvaises habitudes !
(source:bac2010.blog.lemonde.fr)