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L'autoentreprise, une nouvelle forme de précarité ou un bon moyen pour s'en sortir ?

  • "Transformer le travail de l'homme en produit" par Julien Reynaud

Je suis inscrit au régime des autoentrepreneurs depuis huit mois et mène, grâce à ce statut, des activités de rédaction pour des agences de communication en parallèle d'une activité salarié. Lorsque mon CDD s'est terminé en septembre dernier, je me suis rendu au Pôle emploi avec mes factures d'autoentrepreneur sous le bras. Inutile ! Elles ne me donnent aucun droit à des indemnités chômage. En revanche, si je décroche de nouveaux contrats en tant qu'autoentrepreneur, je cesserai de toucher les indemnités auxquelles j'ai droit depuis la fin de mon CDD.

Alors, une alternative à l'entreprise unipersonnelle d'accord, mais le statut d'autoentrepreneur est surtout une manière pour les entreprises de baisser leurs charges salariales en "embauchant" des autoentrepreneurs. La véritable vocation de ce statut serait donc finalement de transformer le travail de l'homme en produit.

  • Salariat déguisé, par A. L.

Je travaille pour un grand organisme d'Etat, qui n'a plus le droit de recruter en salariat. On m'a donc demandé de devenir "entrepreneur" pour pouvoir occuper un poste pour lequel je convenais. J'enchaîne donc les "missions" (toujours précédées de réponses à des appels d'offres), en m'engageant à être là 35 heures par semaine, toutes les semaines. Le tout sans bénéficier du chômage ou des congés payés, mais avec la taxe professionnelle à payer, des tas de démarches administratives à effectuer. Bref, je me demande comment l'Etat peut être fier de mettre en place ce genre de dispositif qui ne sert qu'à précariser à l'extrême les travailleurs.

  • Le principal obstacle est psychologique, par Nicolas Calleux

J'ai eu l'occasion de travailler en tant qu'indépendant en France et au Royaume-Uni (avant la crise). Si le travailleur indépendant suscite la curiosité et l'intérêt outre-Manche, il suscite encore la méfiance en France. Au-delà des facilités nouvelles accordées au statut d'auto-entrepreneur (qui reste quand même pesant en termes de bureaucratie et de charges), le principal obstacle reste psychologique. Pourquoi vos clients vous feraient confiance ? Quelle est leur culture du risque ?

Il est très important d'avoir un bon réseau, de connaître parfaitement son marché et de disposer d'une bonne assise financière au départ pour avoir le temps de développer sa clientèle et de payer les charges assez lourdes. Je doute que 300 000 autoentrepreneurs puissent développer une activité viable. Je les invite à réfléchir aux conséquences (couverture sociale en cas d'échec) avant de se lancer.

  • On reste seul face à son projet, par Alain Tornare

Il faut savoir que le statut d'autoentrepreneur existait déjà en partie sous la forme de micro-entreprise (pas de TVA, déclaration simplifiée...etc.). Beaucoup de personnes exerçant sous ce statut ont eu la possibilité de passer au statut de microentrepreneur et l'ont fait, faussant les statistiques. Je pense que la personne qui n'a pas la volonté de faire la moindre démarche administrative, une étude de marché, d'entrer en relation avec un certain nombre de personne de divers milieux (administration, clients) aura des difficultés à s'installer.

Dans mon métier, commerçant ambulant, des autoentrepreneurs s'installent et il y a parmi eux un certains nombres de doux rêveurs. Ceux qui tiendront, que ce soit dans le commerce, ou la prestation de services, doivent déjà avoir une parfaite connaissance dans leur domaine plus une certaine capacité a évaluer, étudier au mieux leurs produits et être capable de prendre des décisions. L'ADIE (Association pour le droit à l'initiative économique), c'est très bien mais on reste seul face à son projet.

  • Vers la prestation de service à 5 € HT de l'heure ?, par Jean-Marc Defournier

J'exerce dans le secteur de la communication, depuis quinze ans, en profession libérale. Je pense que les candidats ne sont pas vraiment informés. Ils croient au miracle de l'entreprise, tel qu'il existe dans un imaginaire capitaliste. Combien savent qu'environ 50 % des bénéfices devraient être reversés en charges et frais ?

L'autoentreprise contribue à faire dégringoler le taux horaire de la prestation de service. Là où il faudrait atteindre 45 € HT/heure pour vivre décemment, on voit le chiffre descendre en dessous des 30 € HT/heure. L'ignorance économique est grande et la compétition est rude. Les acheteurs l'ont bien compris... ils font baisser les prix en rêvant qu'ils atteignent les taux horaires indiens ou chinois. L'autoentreprise est sans doute née d'un lobby des grosses entreprises. Associées au pouvoir politique, elles peuvent désormais s'entourer de fournisseurs qui travaillent sans 'contrat social', pour pas cher.

  • Avis sur l'autoentreprenariat par Olivier

Je suis à la recherche d'un emploi depuis que j'ai terminé ma licence professionnelle sur Villeneuve-d'Ascq et je me suis tout récemment inscrit sous le régime d'autoentrepreneur afin d'avoir une certaine ouverture en plus de ma recherche de travail et une fois que je serai salarié.

Au début, l'inscription est un peu complexe à saisir : il faut bien s'imprégner de tous les aspects de ce régime pour bien comprendre comment il fonctionne et surtout comment on va l'employer et se débrouiller avec ! En effet, pour quelqu'un comme moi qui n'a jamais fait ça, c'est un peu difficile de comprendre certaines notions comme le numéro de Siren/Siret , le CA brut à ne pas dépasser selon l'activité exercée et puis aussi tout ce qui concerne la réalisation des factures et la déclaration de celles-ci aux services des impôts.

Quand à la question de la pérennité, c'est plutôt une étape en douceur pour ces personnes avant de créer une véritable entreprise. En effet le principal avantage, à mon sens, est que ça ne coûte rien de s'inscrire. C'est gratuit et travailler sous ce statut peut nous apprendre après à gérer une entreprise.

  • Pour être autoentrepreneur, une condition : ne pas être entrepreneur, par Jean

C'est tout de même un grand paradoxe ! Pour devenir autoentrepreneur, il ne faut pas déjà être entrepreneur. C'est ce que vient de me confirmer l'Urssaf. Je suis architecte en profession libérale, mon chiffre d'affaires a dramatiquement baissé en 2009 (cinq mille euros), et je souhaitais changer de régime pour celui d'autoentrepreneur. Et bien non! Cela n'est pas possible. N'est-ce pas une immense injustice ? Je ne sais pas comment je vais faire pour payer les acomptes divers et variés que l'on va me réclamer dès janvier. C'est l'impasse, alors que je m'étais pris à rêver.

Il faut ajouter à cela la concurrence déloyale de ceux qui ont pu obtenir ce statut, qui ne payent pas les mêmes charges que moi, sans compter qu'ils sont moins chers, ne facturant pas de TVA. C'est ubuesque, kafkaïen, les adjectifs me manquent.

  • L'autoentrepreneur ? Un consultant, par Christine

J'ai pris le statut d'autoentrepreneur il y a six mois, parce que j'exerce différentes activités, dans différents établissements, et que la majorité d'entre elles ne sont pas réalisées sous un statut de salarié.

Le création du régime d'autoentrepreneur témoigne de la désarticulation des relations contractuelles habituelles dans le monde du travail. Nombre d'entreprises souhaitent désormais limiter leur masse salariale et font exécuter des prestations par des externes, sur un petit nombre de jours, quitte à renouveler plusieurs fois dans l'année ce mode de collaboration.

Donc, le régime d'autoentrepreneur s'assimile pour moi à celui du "consultant", sachant que mon chiffre d'affaires dans cette fonction ne me permet pas de supporter les charges inhérentes au statut de libéral ou de travailleur indépendant. Comme je réalise aussi des prestations sous régime salarié (vacataire), je pense ne pas dépasser le plafond annuel autorisé dans le cadre de l'autoentrepreneuriat. Nous sommes nombreux à considérer l'autoentrepreneuriat comme une situation transitoire, en attendant de pouvoir accéder financièrement à un statut plus pérenne. Mais, n'appartenant pas à un secteur d'activité à hautes rémunérations, je crains que ce provisoire ne dure un peu longtemps.

  • L'unique solution, par Annie

Quand une société américaine m'a proposé un emploi en free lance en 2006, c'était pour moi une occasion inespérée de quitter le RMI. Je suis travailleuse handicapée entre 50 et 80 %, je ne peux travailler que de chez moi, en télétravail. Le régime micro-entreprise a entraîné pour moi des frais tels que je paye encore les huissiers de l'Urssaf pour l'année N-2.

Heureusement, le statut d'autoentrepreneur m'a permis de repartir sur des bases plus saines. Les prélèvements sont raisonnables. J'ai perdu l'entreprise américaine mais retrouvé rapidement un donneur d'ordre similaire français. Je ne lui coûte pas cher, je me sens libre.

Je travaillerai jusqu'à ce que l'on ne veuille plus de moi. Ex-femme d'un artisan qui ne voulait pas côtiser pour moi, bien que j'aie travaillé et que j'aie été inscrite à la chambre des métiers, tout en ayant élevé 4 enfants, on me promet une retraite de 250 euros par mois à 60 ans ou 450 euros à 66 ou 67 ans, ça augmente chaque année.

Donc l'autoentreprise m'a sauvée et me sauvera tant que le minimum retraite ne sera pas à la hauteur du minimum vital.

(source:lemonde.fr)

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