Une offre de reprise de l'usine Continental de Clairoix (Oise), promise à la fermeture, a été évoquée pour la première fois jeudi alors que les salariés français et allemands manifestent en Allemagne.
Le ministre de la Relance Patrick Devejdian a fait état d'une offre "sérieuse, d'un partenaire économique sérieux", pour l'usine de pneumatiques, sans donner davantage de précisions.
Le groupe a confirmé avoir reçu une "manifestation d'intérêt" d'une société de Dubaï, qui n'est pas un fabricant de pneumatiques, mais il a dit ignorer s'il s'agissait de celle évoquée par Patrick Devedjian.
Un porte-parole de la direction a souligné que l'entreprise recevait de telles sollicitations "toutes les semaines" et a ajouté : "Comme on le fait à chaque fois, on étudie le dossier, mais il faut être très prudent."
Continental a démenti par ailleurs les propos du ministre lui prêtant un refus de vendre à un concurrent, affirmant qu'aucun de ces derniers n'était intéressé en raison de la très mauvaise conjoncture.
Le groupe affirme avoir "des idées" pour l'avenir du site et pourrait les présenter lors des discussions entre les salariés, la direction et les autorités gouvernementales qui doivent s'ouvrir le 29 avril.
Les 1.100 salariés français de Continental se sont rendus jeudi, dans des trains spécialement affrétés, à Hanovre en marge d'une assemblée générale des actionnaires du groupe.
Ils ont été rejoints sur place par les salariés allemands du site de Hanovre, lui aussi promis à la fermeture.
La manifestation était forte d'environ 3.500 personnes et les salariés ont déployé des banderoles, sans provoquer d'incidents, selon un journaliste de Reuters sur place.
UN "ULTIMATUM" SYNDICAL À LA DIRECTION
Le délégué CGT de Clairoix, Xavier Mathieu, a expliqué que les salariés français du fabriquant allemand de pneumatiques étaient venus avec des "intentions pacifiques".
Des violences étaient redoutées après celles de mardi dernier. La sous-préfecture de Compiègne avait été saccagée par des salariés, de même qu'un pavillon du site de Clairoix, où l'usine est depuis fermée.
"La fermeture de l'usine n'est qu'une mesure pour augmenter les profits de la société. Nous allons adresser un ultimatum à la direction. Si nos revendications ne sont pas satisfaites, nous bloquerons tous les sites français de Continental", a ajouté le délégué syndical.
A propos des incidents de mardi dernier, le gouvernement français répète depuis mercredi qu'il compte déclencher des poursuites judiciaires, et la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a même annoncé jeudi de prochaines arrestations.
L'ancienne candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal a exprimé ses réticences à propos de ces poursuites, estimant que la violence des salariés ne pouvait être confondue avec une délinquance ordinaire.
"La violence ne résout rien, mais en même temps (...) je ne confonds pas les voyous et les casseurs avec des salariés parce qu'ils sont d'abord maltraités, ensuite parce qu'ils ont peur de perdre leurs emplois, et basculer dans la pauvreté, voire dans la misère", a-t-elle dit sur RTL.
Ségolène Royal a souligné que les violences des "Conti" avaient tout de même poussé le gouvernement à annoncer une réunion tripartite syndicats-direction-Etat sur le dossier, qui était réclamée en vain depuis cinq semaines.
Les salariés de Continental impliqués dans les dégradations encourent en théorie des peines de prison ferme.