L'annonce va être faite jeudi soir dans l'émission "Larry King Live" sur CNN, l'une des plus populaires aux Etats-Unis. La star du hip-hop d'origine haïtienne, Wyclef Jean, va se porter candidat à l'élection présidentielle en Haïti, a annoncé mardi la chaîne de télévision. Et vendredi, il devrait prononcer un discours d'Haïti, où il est attendu dans la soirée de jeudi.
Depuis quelques semaines, les rumeurs circulaient sur les ambitions politiques de l'ex-chanteur des Fugees. A la tête de l'association Yélé Haïti, Wyclef Jean, très populaire en Haïti, y a multiplié les interventions après le séisme du 12 janvier en organisant des levées de fonds aux Etats-Unis et en accompagnant des stars de Hollywood sur l'île.
"AMBASSADEUR DE BONNE VOLONTÉ"
Né dans la banlieue de la capitale, Port-au-Prince, en 1972, Wyclef débarque à New York avec sa famille à l'âge de neuf ans. Fondateur des Fugees, il rencontre le succès en 1996 avec le deuxième album du groupe, The Score. S'il vit depuis son enfance à New York, il est resté très attaché à ses racines. En 2005, il créé ainsi Yélé Haïti pour venir en aide aux habitants des Gonaïves, une ville dévastée par la tempête tropicale Jeanne en septembre 2004.
L'année suivante, lors de la dernière présidentielle, il prend un avion pour déposer son bulletin de vote dans l'urne, arborant un T-shirt "vert comme l'espoir", faisant allusion à son choix pour René Préval, l'actuel président, accusé de vouloir se maintenir au pouvoir. Ce dernier, à qui la Constitution interdit de se représenter, a nommé Wyclef "ambassadeur de bonne volonté" en 2007. Mais selon Radio Kiskeya, les relations entre le président et le chanteur ne seraient plus au beau fixe.
DES EMBÛCHES SUR LE CHEMIN DE SA CANDIDATURE
La candidature de celui qui ne cache pas son désir d'être le Bob Marley du XXIe siècle n'est pas sans embûches. Tout d'abord il ne parle ni créole ni français, les deux langues officielles du pays. Ensuite, la Constitution ne reconnaît pas la double nationalité, et exige que les candidats aient résidé sur l'île au moins cinq ans avant l'élection.
Ce qui n'arrête pas le chanteur. Dans une interview filmée par le Time, lundi 2 août, Wyclef Jean explique : "En tant que citoyen haïtien, si je reste là à regarder ce pays s'effondrer, alors que je suis allé sur place ramasser des corps, des corps d'enfants, je ne pourrais plus dormir la nuit." Il poursuit : "S'il n'y avait pas eu le tremblement de terre, j'aurais probablement attendu encore dix ans avant de prendre cette décision."
Alors que le doute persiste encore sur la possibilité même de tenir des élections dans un climat de crise humanitaire et de contestation politique, cinq candidatures, dont celle de l'oncle du musicien, Raymond Joseph, ambassadeur d'Haïti à Washington depuis 2005, ont pour l'instant été déposées.
Et celle de Wyclef Jean est loin de faire l'unanimité. A Port-au-Prince, certains dirigeants politiques crient à l'aventurisme, alors que dans la rue, les démunis rêvent de voir la star du hip-hop au Palais national. "La politique doit rester aux politiques", confie ainsi Serge Gilles, chef d'un parti de gauche.
Dans son album solo, sorti il y a deux ans, une chanson s'intitule "If I was President". "Si j'étais président/Je serais élu un vendredi, assassiné un samedi/Et enterré un dimanche." Les élections auront lieu le 28 novembre. Un dimanche.