Le neuvième anniversaire des attentats du 11-septembre est placé samedi sous le signe des tensions religieuses après l'imbroglio né de menaces proférées par le pasteur de Floride Terry Jones (au centre) de procéder à un autodafé du Coran. (Reuters/Scott Audette)
Le révérend Terry Jones, qui dirige une obscure communauté protestante à Gainesville, a finalement renoncé à mettre ses menaces à exécution, qui devaient coïncider avec l'anniversaire des attentats, dans lesquels périrent près de 3.000 personnes.
"Nous avons décidé de renoncer à l'autodafé", a affirmé Jones samedi à la chaîne américaine NBC. "C'est sûr, nous ne brûlerons pas le Coran".
Barack Obama est intervenu vendredi pour plaider en faveur de la tolérance religieuse, droit "inaliénable", et pour appeler le pasteur à faire preuve de raison alors que les Etats-Unis sont toujours engagés dans la guerre contre les taliban en Afghanistan.
Le président américain a expliqué que la démarche du révérend Jones entretenait les sentiments anti-américains à l'étranger et faisait le jeu d'Al Qaïda dans son recrutement de nouveaux militants.
"Cela met nos soldats, nos fils et nos filles en danger. On ne peut pas jouer avec ça", a déclaré Obama lors d'une conférence de presse à Washington.
L'abandon du projet d'autodafé par le révérend n'a pas dissuadé des milliers de manifestants de descendre dans les rues, pour la deuxième journée consécutive, samedi, dans plusieurs régions d'Afghanistan.
Quatre manifestants ont été grièvement blessés par des tirs des forces de sécurité afghanes à Pul-e-Alam, capitale de la province du Logar au sud de Kaboul, où des milliers de personnes tentaient d'envahir des bâtiments administratifs.
Plusieurs milliers d'autres personnes se sont rassemblées dans trois districts de la province de Badakhshan, dans le nord-est du pays, où, vendredi, un manifestant avait été tué alors que la foule tentait d'attaquer une base de l'Otan abritant des soldats allemands.
Vendredi, 10.000 personnes étaient descendues dans les rues de Faizabad, capitale du Badakhshan, après les prières de l'Aïd el Fitr, fête qui marque la fin du ramadan. D'autres manifestations avaient eu lieu à Kaboul et dans plusieurs provinces.
RADICALISATION DE LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE
Le révérend Jones, qui dit avoir reçu une centaine de menaces de mort, est arrivé vendredi soir à New York pour y rencontrer des dirigeants de la communauté musulmane de la ville et tenter de les convaincre de renoncer à la construction d'un centre islamique à proximité de Ground Zero, lieu où se trouvaient autrefois les tours du World Trade Center.
Ce projet immobilier est depuis plusieurs semaines le sujet d'une importante controverse aux Etats-Unis, une partie des Américains le voyant d'un mauvais oeil ou le considérant comme une offense à la mémoire des victimes.
Malgré les initiatives pour apaiser les esprits, les tensions demeurent vives, l'imam chargé du projet de centre culturel dans le bas de Manhattan, Feisal Abdul Rauf, ayant affirmé n'avoir pas prévu de rencontrer le pasteur Jones.
Le promoteur qui doit procéder à la construction du centre, Sharif el Gamal, a indiqué de son côté qu'il n'était pas question que l'immeuble de 13 étages soit érigé en un autre endroit, comme l'idée en a été suggérée.
Dans son intervention de vendredi, Obama a reconnu que les attentats du 11-septembre demeurent entourés par une "sensibilité exceptionnelle". Il a toutefois tenté d'expliquer qu'il était possible de construire une mosquée près de Ground Zero comme il serait possible de construire n'importe quel autre édifice religieux.
"Ce pays repose sur le postulat que tous les hommes et les femmes ont été créés égaux, qu'ils possèdent des droits inaliénables. L'un de ces droits inaliénables est de pratiquer librement une religion", a dit Obama.
"Nous ne sommes pas en guerre contre l'islam, nous sommes en guerre contre des organisations terroristes qui ont détourné l'islam et ont frauduleusement utilisé la bannière de l'islam", a-t-il poursuivi.
D'anciens responsables de la Commission chargée d'étudier les attentats de 2001 ont présenté un rapport de 43 pages qui, selon eux, doit servir de signal d'alarme.
Ils y révèlent une radicalisation des musulmans vivant aux Etats-Unis et un changement de la stratégie d'Al Qaïda et de ses alliés.
"La menace à laquelle doivent faire face les Etats-Unis est différente de celle qui existait il y a neuf ans", précise le rapport. "On peut soutenir que les Etats-Unis aujourd'hui diffèrent peu de l'Europe pour ce qui est de l'existence d'un problème terroriste intérieur impliquant des musulmans immigrés ou autochtones ainsi que des convertis à l'islam", ajoute le texte.
Avec Daniel Trotta à New York; Sayed Salahuddin à Kabul; Paul Carrel à Cologne; Pierre Sérisier et Eric Faye pour le service français