Mardi, Barack Obama est officiellement devenu le 44e président des Etats-Unis. Désormais installé à la Maison blanche, le chef de l'Etat américain ne devrait pas tarder à s'impliquer sur la scène internationale. Sur ce terrain, Nicolas Sarkozy avait multiplié les initiatives ces derniers mois, mais devrait désormais être contraint de rentrer dans le rang.Pierre Moscovici a dégainé le premier, mardi matin sur i-Télé: "
Nicolas Sarkozy est un homme énergique. Maintenant il faut qu'il arrête de parader parce qu'il aura aussi un homme, Barack Obama, qui sera président des Etats-Unis et qui ne sera pas du tout le canard boiteux qu'était George Bush." La charge est virulente et, malgré les contre-feux allumés par l'UMP dans la foulée (le porte-parole Dominique Paillé a accusé le député socialiste de porter "
atteinte à l'image et au rôle de la France"), elle a le mérite d'ouvrir le débat: désormais installé à la Maison blanche, Barack Obama ne risque-t-il pas de faire de l'ombre à un Nicolas Sarkozy omniprésent sur la scène internationale ces derniers mois?
Bien évidemment, le principal intéressé balaie cette hypothèse d'un revers de main et se place d'égal à égal avec son nouvel homologue américain. "
On a hâte qu'il se mette au travail et qu'on change le monde avec lui", a même déclaré mardi le président français au cours d'un déplacement à Provins, dans un habituel registre excessif. Quelques heures plus tard, avant même que le nouveau président américain n'achève son discours d'investiture, le locataire de l'Elysée, sur cette même ligne, était l'un des premiers leaders internationaux à le féliciter. "
Je tiens à vous assurer que la France est résolue à travailler main dans la main avec l'Amérique, son amie et son alliée, afin que nous puissions relever ensemble les immenses défis auxquels notre monde est aujourd'hui confronté", a-t-il expliqué dans une lettre adressé à Barack Obama.
Le "copain" d'abordIl n'empêche, malgré ses ambitions, la roue a tourné pour Nicolas Sarkozy. Président en exercice de l'Union européenne, le chef de l'Etat a profité ces six derniers mois du flottement dû à la transition du pouvoir aux Etats-Unis pour monter en première ligne sur le conflit russo-géorgien, sur la crise économique et même sur les troubles dans la bande de Gaza. Une exposition de tous les instants à laquelle il avait pris goût, et qu'il peine visiblement à abandonner. De retour dimanche dernier au Proche-Orient, après une première tournée menée tambour battant (lire: Gaza: La solution égyptienne
), il s'était montré clair. Pour lui, la France et l'Europe comptent bien garder la main dans ce lourd dossier, même si "
bien sûr (...), on aura besoin des Etats-Unis d'Amérique". Et de lancer, un brin péremptoire, à ses partenaires britannique et allemand, Gordon Brown et Angela Merkel: "
Il ne faut pas attendre que les Etats-Unis aient froid pour mettre un cache-col".
La formule a sans doute du vrai, d'autant que la nouvelle administration américaine a fait du "multilatéralisme" l'un des principes de sa politique étrangère. Pour autant, les spécialistes l'affirment sans hésitation: Paris, malgré un net réchauffement des relations entre les deux capitales voulu par Nicolas Sarkozy, ne pourra qu'épisodiquement "rivaliser" avec Washington sur la scène internationale. Surtout avec un leader aussi charismatique que Barack Obama. A l'été 2008, lors du passage express à Paris de celui qui était encore candidat démocrate à la Maison blanche, Nicolas Sarkozy avait bien tenté de donner le change. "
On est d'accord sur tout", avait-il lancé tout sourire, qualifiant même de "
copain" son hôte américain. Un "
copain" qui prendra inéluctablement toute la place qui lui revient dans les affaires du monde. Et qui pourrait aussi, espère le PS, devenir "
un bon antidote à ce que le sarkozysme peut avoir de périlleux".