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Procès Viguier : un amant plus que jamais incisif

Ultime semaine au procès en appel de Jacques Viguier, à Albi. Hier soir, l'amant a attaqué le mari, persuadé qu'il est le coupable.

Tout les oppose. L'apparence. Jacques Viguier, brun, sec. Olivier Durandet, blond, rond. L'éducation. Ils ne partagent ni la même culture ni les mêmes passions. Non, rien entre eux, sinon une femme, Suzanne Viguier, disparue le 27 février 2000, et dont on n'a jamais retrouvé le corps. Une nouvelle fois le témoin central de ce procès a tracé, hier, un portrait à l'encre très noire de l'accusé. « C'est un homme intelligent, mais froid, manipulateur, impulsif, parfois violent. »

Viguier, selon lui, est obsédé par le paraître, par sa carrière, sa réussite. « Il est méprisant pour les autres, les petits, les gens comme moi. » De fait, Viguier n'avait pas imaginé que sa femme puisse prendre un Durandet pour amant. C'est du moins ce qu'il a toujours dit.

Durandet affirme, au contraire, qu'un mois avant sa disparition, l'épouse avait fait part à son mari, en sa présence, de sa volonté de divorcer à l'amiable. « Jacques est devenu blême. Il s'est mis à bégayer puis il est parti comme un fou en claquant les portes. »

« Pas vu, pas pris »

Non, ces deux-là n'avaient rien pour être copains. Viguier lui doit l'essentiel de ses ennuis judiciaires. Durandet s'avère avoir été l'auxiliaire zélé des enquêteurs. Il se défend d'agir par vengeance. « Je préfère, dit-il, une tombe pour Suzy que vingt ans de prison pour Viguier. » Il est accusé désormais de subornation de témoins pour avoir demandé à la baby-sitter de lui ouvrir la maison de la victime. « Une erreur », dit-il.

Hier, nouvel élément cependant en faveur de l'accusé. Une écoute téléphonique révèle que l'amant a sollicité auprès des policiers une visite dans la maison des Viguier, afin de récupérer des documents liés aux activités professionnelles de la disparue. Réponse étonnante du policier : « C'est une violation de domicile, mais... pas vu, pas pris. »

Cette alliance objective de l'amant et des enquêteurs, la défense s'est évertuée à l'étayer tout au long de la journée. Cette connivence a pu détourner les policiers d'autres pistes. Durandet a pu déposer le sac de la victime dans la maison. Il s'en défend. Au premier procès, les écoutes téléphoniques réalisées pendant l'enquête n'avaient pas été exploitées. Elles ternissent le portrait de l'amant chevalier blanc de la disparue, mais elles ne gomment pas l'attitude ambiguë du mari.

Le patron du SRPJ toulousain, à l'époque, a de nouveau asséné sa vérité. « C'est un crime sans corps, sans aveux, sans preuves irréfutables, mais nous avons un faisceau d'indices qui nous donnent l'intime conviction que Jacques Viguier est coupable. »

Le verdict est attendu samedi.

Bernard LE SOLLEU.
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