Par Katia DOLMADJIAN
PARIS
Ils
ne confectionnent pas de macarons à la rose ni de glace au caviar, mais
sont eux aussi Meilleurs ouvriers de France: sept concepteurs et
développeurs de sites internet ont décroché la prestigieuse récompense
pour cette nouvelle catégorie, créée cette année.
Comme s'il y était prédestiné, l'un d'entre eux, Rémi Ohayon, est un
ancien cuisinier reconverti dans le web, et se rend donc "très bien
compte de ce que représente un titre de +MOF+".
La semaine
dernière, Rémi Ohayon et six de ses salariés - quatre hommes et deux
femmes - de l'agence "Les Ateliers Apicius", basée à Poligny (Jura) et
spécialisée dans les sites gastronomiques, ont appris par courrier
qu'ils étaient lauréats pour la classe "Conception et développement de
site internet".
Scénariste, ingénieur réseau ou encore
designer, ils ont tous participé à l'élaboration du nouveau site des
restaurants du chef cuisinier Bernard Loiseau, disparu en 2003.
Frais et aéré grâce à des photos épurées ou gourmandes, le site est en
ligne depuis une semaine à l'adresse www.bernard-loiseau.com.
C'est justement la rencontre avec ce célèbre cuisinier, en 1993, qui va
faire tomber Rémi Ohayon dans la marmite de l'informatique.
"J'ai fait mon stage de fin d'études de l'école hôtelière en cuisine
avec Bernard Loiseau. On s'entendait très bien, et j'étais le premier
cuisinier chez lui à avoir un BTS. Avant moi, il n'avait recruté que des
personnes ayant des CAP ou des BEP", raconte le directeur général de
l'agence, basée à Poligny dans le Jura (centre-est).
"Un jour, Bernard Loiseau m'a demandé de venir l'assister lors d'un
rendez-vous avec un prestataire informatique, pour l'aider dans les
aspects techniques. J'étais passionné d'informatique, et je me suis
rendu compte qu'il n'existait pas de société spécialisée à la fois dans
internet et dans l'hôtellerie-restauration", souligne-t-il.
M. Ohayon créé "au sortir de cette expérience" Les Ateliers Apicius, du nom d'un fameux gastronome romain.
Aujourd'hui, l'agence, qui emploie en tout 55 personnes, travaille pour un millier d'hotels et restaurants.
"Si le titre de Meilleur ouvrier de France existe depuis 1924, il n'y
avait pas encore eu cette prise de conscience que les métiers d'internet
sont au coeur de l'économie et crééent énormément d'emplois", souligne
M. Ohayon.
La petite équipe de sept se
lance dans l'aventure du MOF en décembre 2009 et se retrouve face à une
cinquantaine de candidats. Elle réussit à accéder aux demi-finales en
avril 2010 avec trois projets de sites internet, deux d'hôtels et un de
restaurant.
Lors de la finale en mai dernier, elle présente le
projet du site des établissements de feu Bernard Loiseau, sur lequel
elle a planché pendant de longs mois, et doit convaincre face à deux
ultimes concurrents.
"A contrario d'autres classes de +MOF+ où
on peut présenter des projets personnels, dans les métiers du numérique
le projet doit correspondre à la commande d'un vrai client", explique M.
Ohayon.
"C'était une équipe
particulièrement brillante, ils se sont distingués des autres candidats
avec un projet de grande qualité, ils avaient vraiment mis le paquet",
résume Bertrand Tiple, conseiller d'enseignement technologique et
président du jury de quatre personnes qui a adjugé le prix.
"Le titre n'est pas attribué à un site ou à une entreprise, mais de façon individuelle", rappelle-t-il.
Dans quelques mois, "fin 2011 ou début 2012", les sept lauréats seront
décorés à l'université de la Sorbonne de l'incontournable médaille à
ruban tricolore, avant d'assister à une cérémonie en leur honneur à
l'Elysée.
AFP