La révolution ? Pourquoi pas, mais avec le roi. Ce n'est pas le
moindre des paradoxes marocains. Rien d'étonnant donc à ce que le
référendum du 1er juillet visant à approuver des modifications de la
Constitution voulues par le roi ait été approuvé à 98 %. Un véritable
plébiscite en faveur de Mohammed VI perçu comme le souverain qui veut
faire des réformes contre un entourage qui y rechigne largement.
Deuxième
enseignement : un désaveu - limité néanmoins - des jeunes
contestataires du Mouvement du 20 février, qui ont appelé à boycotter le
scrutin, estimant que les réformes sont trop timides. 27 % des
Marocains ne se sont pas déplacés pour voter. Un chiffre bien inférieur à
la moyenne des scrutins précédents (plus de 50 % d'abstentions dans les
grandes villes).
Certes, la nouvelle Constitution marocaine ne
met pas en place une monarchie parlementaire à l'espagnol comme le
souhaitent les jeunes manifestants. Pourtant, c'est incontestablement un
pas de géant vers des institutions marocaines plus démocratiques. Nul
ne sait encore combien de temps sera nécessaire pour que cette
Constitution soit transcrite dans la loi. Certains assurent que cela
prendra des années.
Un changement symbolique
En
politique, la nouvelle Constitution marocaine donne au roi des pouvoirs
équivalant à ceux du président de la République française. Il nomme les
ministres sur proposition du premier d'entre eux (choisi au sein du
parti vainqueur des législatives), préside le Conseil des ministres,
peut dissoudre le Parlement, lui adresse des messages... Seul maître à
bord en matière de politique étrangère et de défense, il est le chef des
forces armées. En fait, de la personnalité du chef de gouvernement
dépendra concrètement sa plus ou moins grande autonomie. Plus question
d'avoir un gouvernement bis dans l'entourage du roi, comme c'était le
cas sous Hassan II. Mohammed VI s'y était d'ailleurs toujours refusé.
Dans
le domaine religieux, le changement est énorme. "L'islam est la
religion de l'État, qui garantit à tous le libre exercice des cultes."
On pourrait en déduire que les Marocains peuvent ne pas être musulmans.
En outre, le roi reste le commandeur des croyants, Amir el Mouminine. À
ce titre, il "veille au respect de l'islam", préside le Conseil des
oulémas, l'instance chargée des questions religieuses. Mais la grande
nouveauté est que le statut de chef religieux du roi ne fonde plus la
sacralité de ses pouvoirs. Ses pouvoirs religieux et politiques relèvent
désormais de deux domaines différents. Et les Marocains, pour la
première fois, ne sont plus des sujets, mais des citoyens, comme le
rappelle la nouvelle Constitution.
Un changement symbolique.
Sera-t-il concrétisé ? Ce lien étroit entre le souverain et ses sujets
est entretenu tous les 31 juillet par la cérémonie de la ba'ïa
(allégeance) durant laquelle les représentants des corps constitués,
parlementaires, ministres... viennent baiser la main du roi.
Jusqu'alors, ils étaient peu nombreux à se dérober. Cette cérémonie
sera-t-elle modifiée ?