Tantôt claire et directe, tantôt évasive et décousue, la milliardaire Liliane Bettencourt, 87 ans, a répondu aux questions de Claire Chazal. Enregistré mercredi dans la propriété bretonne de la milliardaire, l'entretien a été diffusé lors du 20 heures de la journaliste, sur TF1, vendredi soir. Il était très attendu alors que la vieille dame se retrouve au coeur de la tempête médiatique autour de l'affaire dite «Bettencourt-Woerth» et que le procès intenté par sa fille, Françoise Bettencourt-Meyers, à l'encontre de François-Marie Banier, pour «abus de faiblesse» sur sa mère, devait s'ouvrir cette semaine et a finalement été reporté.
Dans cette première interview accordée par la femme la plus riche de France depuis le début des poursuites intentées contre l'artiste-photographe François-Marie Banier - à qui elle aurait fait des dons pour un total de près d'un milliard d'euros - Claire Chazal a évoqué ces deux affaires. Mais l'héritière du groupe L'Oréal s'est davantage étendue sur le procès intenté à son ami que sur la polémique qui déstabilise Eric Woerth. Le sujet n'aura été abordée qu'à la fin de leur tête-à-tête.
«Nous avons beaucoup d'affaires à l'étranger»
Interrogée sur la polémique suscitée après la diffusion des enregistrements clandestins réalisés par son ancien maître d'hôtel et qui évoque de possibles fraudes fiscales, la milliardaire a fait part de son impuissance, dans des propos parfois décousus. «Comment voulez-vous qu'on réagisse ? On ne peut qu'accepter, on est en République. C'est établi, je ne vais pas faire la révolution, non ?», s'est demandé l'octogénaire.
Révélées par Mediapart et Le Point, ces conversations ont mis au jour, outre ces fraudes présumées, des immixtions de l'Elysée dans la procédure judiciaire en court et des liens troubles entre la milliardaire et le ministre du Travail, Eric Woerth, dont l'épouse Florence travaillait pour Patrice de Maistre, le gestionnaire de sa fortune. Une polémique aux multiples rebondissements et révélations.
Face à cette polémique, le ministre du Budget, François Baroin, a annoncé un contrôle de l'ensemble de la fortune de l'héritière. «Qu'il fasse son métier, qu'il regarde, personne ne va l'empêcher», a-t-elle tranché. Quant aux deux comptes en Suisse - sur lesquels se trouvent 78 millions d'euros et dont le Patrice de Maistre a admis l'existence - la milliardaire a indiqué avoir «beaucoup d'affaires à l'étranger», en soulignant le caractère international du groupe de cosmétique. «L'Oréal, c'est important pour le pays, pour tous les gens qui travaillent. Nous sommes dans les meilleurs au monde, pourquoi cracher dessus ?», a-t-elle encore demandé.
«Choquée par quoi, parce que j'ai donné de l'argent ?»
Quant à ce qui est reproché à François-Marie Banier, elle estime que «tout est très exagéré». A-t-elle «senti de sa part à lui des pressions ?», questionne la journaliste. «Non, non», balaye Liliane Bettencourt, qui avait plus tôt jugé tout ceci «déprimant». «Comment ne pas souffrir» parce que «c'est difficile d'en voir la sortie», confie-t-elle.
«Je comprends très bien qu'une fille soit jalouse de sa mère. Moi aussi j'étais jalouse de mon père quand je voyais des femmes tourner autour», a-t-elle ajouté, jugeant que la «jalousie n'est pas un sentiment qui est méchant». Quant à renouer avec sa fille ? «Evidemment, comment refuser ?», répond Liliane Bettencourt. «Mais elle, vous croyez qu'elle a essayé ? Je ne le sens pas».
Liliane Bettencourt comprend-elle que l'opinion publique puisse être choquée par ces temps de crise ? «Choquée par quoi, parce que j'ai donné de l'argent ? Mais c'est de l'infantilisme !», rétorque-t-elle. Et cet argent, «est-ce qu'il faut que je le reprenne ? vous me voyez ?», questionne-t-elle à son tour, admettant comprendre l'étonnement de l'opinion : «Je comprends très bien, et alors ?».
(leparisien.fr)