Le porte-parole du gouvernement libyen, Moussa Ibrahim, a indiqué dimanche soir 12 juin que le régime rejetait toute discussion au sujet d'un départ du colonel Mouammar Kadhafi, coupant court à l'offre de la Turquie qui s'était portée garante de son éventuel exil. "Personne n'a le droit de demander au leader de quitter. Personne ne peut venir ici avec un plan incluant un départ du leader", a-t-il répété. Selon M. Ibrahim, une telle suggestion était "immorale, illégale et n'avait "aucun sens".
Des combats ont opposé dimanche pour la deuxième journée consécutive la rébellion libyenne aux forces kadhafistes dans la ville de Zaouïa, à seulement 50 km à l'ouest de Tripoli. Un représentant des insurgés dans la ville a déclaré que les affrontements de la veille ont fait treize morts – rebelles et civils. La principale route côtière qui relie Tripoli à la Tunisie est coupée. Elle sert de ligne de ravitaillement majeure pour la capitale libyenne malgré les sanctions.
Zaouïa a été le théâtre de violentes batailles en février et mars. Les forces de Kadhafi y ont écrasé l'insurrection et eu recours à des bulldozers pour en raser la mosquée centrale. Le gouvernement libyen a indiqué que les rebelles ont tenté de pénétrer dans la ville mais qu'ils ont été repoussés après quelques heures de combats. "C'est une preuve supplémentaire de leur faiblesse et de leur impopularité", a dit le porte-parole Moussa Ibrahim. Les rebelles "ne parviennent pas à enregistrer de progression contre le gouvernement libyen".
UN COLONEL AFFAIBLI
Trois mois après le début des combats, la situation dans le pays semble avoir évolué en faveur de l'insurrection et l'emprise du colonel libyen a été affaiblie par une vague de défections, l'impact des sanctions internationales et des frappes de l'OTAB menées depuis la fin mars sur son QG de Tripoli. Les nouveaux combats à Zaouïa, site d'une importante raffinerie pétrolière, sont les plus proches de la capitale depuis des mois.
"La situation est très mauvaise, a déclaré un porte-parole des rebelles joint au téléphone.
D'intenses combats ont lieu en ce moment. Les brigades (gouvernementales) ont reçu du renfort, leur nombre augmente." "Il y a beaucoup de tireurs embusqués sur les toits des immeubles et des mosquées. Ils sont la principale menace pour les habitants", a-t-il ajouté. La ville n'étant pas accessible aux journalistes, les informations peuvent difficilement être recoupées.
DES AFFRONTEMENTS MINIMISÉS
Les responsables du gouvernement libyen à Tripoli minimisent les affrontements de Zaouïa, n'évoquant que de petits groupes de combattants venus des zones contrôlées par l'insurrection pour semer le trouble. A Tripoli même, des habitants ont déclaré que des manifestants anti-Kadhafi avaient été dispersés par les forces de l'ordre. "Les quartiers de Tripoli attendent un signal pour tous se soulever en même temps", a assuré un habitant.

Livraison d'armes auprès d'insurgés libyens à Misrata, dimanche 12 juin.REUTERS/ZOHRA BENSEMRA
A Misrata, tenue par les rebelles et assiégée par les forces loyalistes à 200 km à l'est de Tripoli, six rebelles ont été tués dimanche dans un tir de barrage d'artillerie, dans le quartier de Dafniah dans l'ouest de la ville, a-t-on appris auprès d'un ambulancier et d'un combattant.
LeMonde