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Les dessous du poker en ligne : Un système de réseaux

1. Un système de réseaux

Le poker sur Internet est une pieuvre. Il existe aujourd’hui plus de 600 sites à travers le monde permettant de jouer à tous les types de poker. Une offre vaste mais pas aussi diversifiée qu’il y paraît. Ceux qui se sont déjà essayés à plusieurs plateformes de poker auront remarqué la similitude entre les différentes salles de jeu.

Le paysage du poker en ligne se divise en deux catégories : les réseaux de salles et les opérateurs de jeu indépendants disposant de leur propre logiciel de jeu.

La première partie regroupe la grande majorité des acteurs et fonctionne sur le modèle dit de l’affiliation. Des réseaux tels que Playtech, Cyberarts ou encore Ongame (propriété de Bwin) mettent à disposition des opérateurs un panel de services complet incluant la plateforme de jeu, les serveurs d’hébergement, mais aussi un système de paiement sécurisé et jusqu’au service client pour ceux qui le souhaitent. En contrepartie, les salles de jeu reversent un pourcentage de leurs revenus et s’engagent à respecter les règles éditées par le réseau auxquels elles appartiennent. L’un des réseaux les plus emblématiques, Playtech/iPoker regroupe près de 70 salles virtuelles parmi lesquelles apparaissent des noms connus des joueurs amateurs : Titan Poker, Poker 770 ou encore ChiliPoker.

Poker de réseau

La raison de cette concentration tient en un mot : « liquidité ». Ce terme désigne la masse de joueurs actifs en permanence sur un même réseau. Un grand nombre de joueurs permet l’enchainement de parties avec un temps d’attente minime.

La seconde catégorie est constituée des marques les plus fortes du poker online. La force des salles virtuelles telles que Full Tilt, PokerStars, PartyPoker, Everest Poker, Bodog ou PKR est d’avoir su créer une marque suffisamment forte pour pouvoir se passer d’un réseau d’affiliation et développer une plateforme propriétaire.

Bien sûr, la situation n’est pas figée. Un opérateur peut passer d’une plateforme à l’autre ou décider de devenir indépendant lorsqu’il estime être parvenu à fédérer autour de son nom suffisamment de joueurs. Selon nos informations, Winamax actuellement rattaché au réseau Ongame envisagerait de prendre son envol.

2. Le portrait robot du croupier virtuel

Au delà de l’opérateur et de la plateforme de poker, ce qui fait fantasmer une partie des joueurs en ligne, c’est l’idée d’un troisième acteur, inhérent aux deux premiers et qui tient le jeu dans ses mains : le croupier. 

Le sujet est des plus sensibles pour les salles virtuelles et la plupart d’entre elles privilégient le secret en la matière. Chez Winamax, «la distribution des cartes est effectuée grâce à des machines dédiées. Il s’agit d’un RNG (Random number generator ou générateur de nombres aléatoires). Ce système assure aux joueurs une répartition statistique des cartes équitable. Ainsi toutes les statistiques de jeu sont respectées sur un échantillon suffisamment représentatif de mains jouées».

Brassage de cartes

De son côté, PokerStars est l’un de ceux qui ont choisi de communiquer sur leur technique de brassage de carte. Sur son site, la plateforme explique que son générateur, développé par Intel (qui a publié une documentation officielle sur le sujet), utilise les bruits thermiques ainsi que les mouvements de souris de l’utilisateur pour introduire une notion supplémentaire dans son calcul du hasard.

Nous  avons demandé à Loïc Dachary, un développeur français reconnu pour son implication dans les logiciels libres, de nous en dire plus sur le croupier virtuel. Membre fondateur de la FSF France (Free Software) en 1989, il est aujourd’hui le développeur principal de Pokersource un groupe de développement de solutions libres de poker.

Loïc DacharyPour Loïc Dachary, il existe principalement deux modèles de distribution. Le premier pourrait s’apparenter à «un fleuve de cartes qui coule en flot continu. Pour chaque main jouée, le programme pioche le nombre de cartes nécessaires au bon déroulement du jeu. Si une carte a déjà été distribuée, il la rejette dans le fleuve et recommence l’opération jusqu’à ce qu’une carte viable sorte. Il peut alors la distribuer soit à l’un des joueurs, soit à la table selon l’ordre du jeu». Cette méthode, qui à l’avantage de la simplicité serait utilisée par Full Tilt, par exemple.

Pour sa solution libre, le dirigeant de Pokersource privilégie la seconde méthode : «Le croupier virtuel n’a qu’un deck (jeu) de cartes. A chaque fois qu’il doit en distribuer une, il mélange les cartes restantes et passe au tirage suivant».

Chacune de ses méthodes assure à sa manière une juste distribution des cartes.
3. Envie de tricher ?

Une plateforme, un opérateur et donc un croupier logiciel. Dès lors que ces trois composantes sont connues, il devient tentant pour certains petits malins d’essayer de les contourner. De fait, la sécurité est devenue un leitmotiv pour les différents acteurs du poker en ligne et un budget de dépenses conséquent. A tel point qu’aujourd’hui, les opérateurs embauchent d’anciens responsables de sécurité bancaire pour verrouiller leur réseau. Mais quelles sont les menaces les plus courantes et sont-elles vraiment fondées ?

Selon Loïc Dachary, pirater une plateforme de poker est aussi probable que de «hacker le site d’une banque», autant dire très faible. Sans surprise, c’est dans la gestion des paiements que les tentatives de fraude sont les plus nombreuses. Créations de comptes avec des cartes bancaires volées ou falsifiées, dépôts frauduleux qui seront ensuite volontairement perdus dans une partie contre un complice, voilà des exemples courants qui font le quotidien des équipes de sécurité des réseaux de poker.

Triche en tout genre

Du côté de la table de jeu, certaines pratiques sont tout aussi répréhensibles. Le multi-accounting (jeu avec plusieurs comptes) est l’une d’entre-elles. Seule une partie des salles de jeu autorise la connexion à une même table ou à un tournoi de deux comptes provenant d’une même adresse IP.

Justin BonomoJustin BonomoEn théorie, cette exception permet à plusieurs membres d’une même famille de jouer au même moment. Dans la pratique, plusieurs cas de triche, y compris de la part de joueurs professionnels tels que Justin Bonomo, sont avérés.

Les cas de collusion sont tout aussi nombreux. Il s’agit de joueurs complices, jouant à la même table et communiquant en dehors de celle-ci à l’aide d’une messagerie instantanée par exemple. Les plateformes disposent de traqueurs mais la chasse aux tricheurs est complexe. «On ne peut empêcher les amis de jouer entre eux et c’est difficile de prouver que l’un ou l’autre avait de mauvaises intentions sur une partie donnée. Au final, il y a beaucoup d’enquêtes mais peu aboutissent, la plupart du temps parce que le niveau des joueurs est faible et que nos outils techniques sont conçus sur un niveau de jeu correct», confie l’un des opérateurs.

Si le logiciel est difficilement corruptible, l’être humain l’est moins. Et les cas les plus célèbres de fraude sont de nature humaine: les affaires Ultimate Bet et Absolut Poker ont crée une véritable onde de choc dans la communauté des joueurs en ligne
4. Pour un poker libre

En marge des réseaux les plus connus et des salles les plus cotées, existe un autre monde constituant un modèle à part entière : le libre. Aujourd’hui une myriade de petits logiciels permet de jouer un poker sans prétention mais aucune salle à but lucratif ne dispose d’une véritable plateforme libre. C’est ce but que s’est fixée Pokersource, la solution de Loïc Dachary. Débuté il y a six ans, le projet est arrivé à maturité et devrait entrer dans sa phase d’exploitation.

«Aujourd’hui, tout le monde veut développer sa propre structure, avoir sa plateforme propriétaire, mais très peu se rendent compte de l’investissement nécessaire. Réussir un logiciel sur le modèle de PokerStars, ça demande un à deux ans de développement et 1 million d’euros», explique le développeur.

Le libre en devenir ?

Selon lui, Pokersource est aujourd’hui la seule solution libre pouvant représenter une alternative pour un acteur du poker online. A court terme, il s’agit de trouver un entrepreneur qui donnera l’impulsion nécessaire au projet. Le but étant que dans quelques mois les joueurs eux-mêmes s’emparent du logiciel. Quant à l’avenir plus lointain, Loïc Dachary l’espère ambitieux : «que le libre supplante peu à peu les solutions propriétaires». «Mais pour l’instant, libre équivaut à bizarre dans l’esprit des gens. Nous sommes marqués ‘‘libre’’, sans image, sans références et sans commerciaux». Ce qui expliquerait en partie pourquoi des acteurs tels que la Française des Jeux se tournent directement vers des réseaux comme Cyberarts pour la gestion de leur plateforme.

5. Quelle place pour les logiciels tiers ?

L’un des prochains défis des acteurs du poker en ligne sera de définir la place accordée aux logiciels tiers. Ces petits programmes apportent une aide considérable aux joueurs qui les utilisent. Qu’ils soient de simples calculateurs de cotes à l’image de Poker Office, des bases de données statistiques telles que Poker Tracker ou encore des assistants de table comme Holdem Manager, ils ne sont pas logés à la même enseigne. Tolérés chez les uns, intégrés chez d’autres ou tout simplement prohibés, ils offrent une arme qui n’existe pas dans le poker des casinos.

Du casino à Internet

Et si des outils comme The Tournament Director (une horloge adaptée au jeu en tournois) ou Pokerbility (analyse du jeu à la table) assistent le joueur, que dire de ceux qui vont jusqu’à prendre des décisions à la place du joueur lorsqu’il n’est pas devant son ordinateur ? Là aussi, l’analyse de Loïc Dachary va à l'encontre des propos plus généralement répandus dans le milieu. «L’essence du jeu ne peut être battue par la technique. Je suis persuadé que dans quelques années, les salles de jeu intégreront des outils paramétrables. Le joueur pourra, par exemple, s’engager sur plusieurs tables en configurant son profil pour qu’il ne joue que les sept mains les plus puissantes du poker».

Finalement, la problématique des logiciels tiers résume bien le paradoxe dans lequel se trouve le poker actuellement. Internet en a fait le jeu de cartes le plus populaire du moment mais aujourd’hui c’est la technologie qui est en train de modifier le jeu en profondeur, l’éloignant de plus en plus de ses repères fondamentaux.

(source:infos-du-net.com)

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