Jacques Chirac a bien rendez-vous avec la justice. Le tribunal correctionnel de Paris a décidé, lundi 20 juin, de le convoquer à nouveau du 5 au 23 septembre. L'ancien chef de l'Etat est visé dans l'affaire de vingt-huit emplois présumés fictifs à l'Hôtel de Ville de Paris, quand il était maire de la capitale, entre 1977 et 1995.
Dans ce dossier d'emplois fictifs ouvert en 1999, Jacques Chirac a d'abord bénéficié pendant douze ans de l'immunité pénale accordée au chef de l'Etat. Mis en examen en 2007 puis renvoyé en correctionnelle en 2009, il a ensuite bénéficié de plusieurs renvois successifs pour des motifs procéduraux. Les juges sont de nouveau saisis depuis que la Cour de cassation a rejeté en mai une "question prioritaire de constitutionnalité" visant à faire déclarer les faits prescrits. En mars, le procès avait été suspendu dès son ouverture.
Jacques Chirac est poursuivi pour "détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d'intérêts". Il encourt jusqu'à dix ans de prison, 150 000 euros d'amende et une inéligibilité éventuelle. Si l'audience se tient effectivement, Jacques Chirac, président de la République de 1995 à 2007, sera le premier chef d'Etat républicain à comparaître devant un tribunal.
INCERTITUDE SUR SA PRÉSENCE LORS DU PROCÈS
A 78 ans, son état de santé est fragile. Il peut, en théorie, invoquer une excuse médicale et être jugé en son absence. Son avocat, Georges Kiejman, a cependant indiqué devant la presse que son client serait présent, mais partiellement.
L'ancien chef de l'Etat a semé le trouble dans le monde politique en déclarant à la presse, lors d'un déplacement en Corrèze le 11 juin, qu'il entendait voter pour le socialiste François Hollande à la présidentielle de 2012.

Jacques Chirac, le 17 mai 1995, dans les jardins du palais de l'Elysée, après avoir salué la garde républicaine.AFP/JEAN-LOUP GAUTREAU
Le dossier jugé concerne des salaires de complaisance présumée accordés à des amis politiques de Jacques Chirac ou à leurs proches afin de consolider ses soutiens politiques et de financer illégalement son parti. Neuf autres personnes – des proches de Jacques Chirac, dont François Debré, frère du président du Conseil constitutionnel, et ses ex-directeurs de cabinet Michel Roussin et Rémy Chardon – doivent être jugées avec lui.
UN PROCÈS VIDÉ DE SA SUBSTANCE
Ce procès a été en partie vidé de sa substance avant son ouverture, puisque le procureur de Paris Jean-Claude Marin a déjà expliqué qu'il n'entendait pas soutenir l'accusation.
Le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, a renoncé à se porter partie civile. La principale victime de l'affaire ne sera donc pas représentée et il ne demeure sur le banc des plaignants que des associations dont les avocats de Jacques Chirac contestent la recevabilité.
Un accord entre la mairie de Paris, l'UMP et les avocats de Jacques Chirac a été passé. Sur les 2,2 millions d'euros demandés par la Ville de Paris, Jacques Chirac ne devra débourser que 500 000 euros, le reste étant à la charge de son ancien parti. En 2005, L'UMP a déjà remboursé 889 000 euros à la Ville pour les emplois visés dans un second volet.