Cette remontée de popularité pourrait aider Piñera à faire voter par le Congrès, où il ne dispose pas de la majorité, son projet de relèvement de la taxe imposée aux compagnies minières : il prévoit une augmentation temporaire de cette taxe afin de participer à la reconstruction du pays en échange d'une période de stabilité fiscale plus longue pour le secteur. Une première version du texte, présentée peu après le séisme du 27 février, avait été rejetée.
GOLBORNE, MINISTRE PRÉFÉRÉ DES CHILIENS
Mais c'est un autre qui est devenu en deux mois l'homme politique le plus populaire du pays : le ministre des mines Laurence Golborne, omniprésent à San José. Avant l'accident, rares étaient les Chiliens qui connaissaient cet ingénieur de 49 ans, devenu chef d'entreprise dans la grande distribution et nommé en mars au gouvernement. Mais le voilà, qui, deux jours après l'accident, annonce larmes aux yeux que les secours ne pourront pas intervenir rapidement en raison de nouveaux éboulements. Sa renommée est faite : présent tous les jours près de la mine, il est peu à peu devenu le principal contact entre les mineurs et leurs familles, répondant par exemple sur le site, en pleine nuit, à une interview en direct sur CNN.
Depuis, on trouve dans le commerce des T-shirts à son effigie, ses soutiens s'articulent sur les réseaux sociaux, et certains commentateurs suggèrent qu'il pourrait désormais briguer la présidence en 2013, puisque le président au Chili ne peut effectuer deux mandats de suite.
Si début août, seuls 16 % des Chiliens disaient connaître Golborne, il était familier à 72 % d'entre eux dans la dernière enquête Audimark pour le mois de septembre (.pdf). Fin août, il était devenu leur ministre préféré avec 91 % d'opinions favorables ! "Depuis trente ans que nous faisons des sondages, je n'avais jamais vu une hausse si forte, si soudaine", a commenté le directeur d'Aidmark, Roberto Mendez. "C'est l'impact des images, estime le publiciste Angel Carcavilla. Les gens l'ont vu aux côtés de la sonde, buvant le maté [boisson traditionnelle] avec les familles des mineurs, prenant froid, transpirant. Quasiment comme un héros." Face à sa subite popularité, le ministre s'est contenté fin août, sur son compte Twitter, d'un simple "Merci pour votre soutien. C'est comme ça que j'aime le Chili : content et uni dans un but commun. Ensemble nous pouvons faire bien plus."
La gouvernement s'est posé moins de questions, et se gargarise. Sa porte-parole Eva von Baer a estimé que les Chiliens reconnaissaient "la nouvelle forme de gouverner, de faire face aux problèmes avec décision, conviction, sens de l'urgence et bons résultats. Aidés bien sûr en ce cas, de la main de Dieu".
Le Monde.fr