Le coût des déboires d'UBS aux Etats-Unis devient exorbitant
pour la Suisse. La grande banque helvétique y a déjà perdu 50 milliards
de dollars sur le marché des « subprime », imposant à la Suisse un
sauvetage démesuré pour la taille du pays. A présent, accusée d'aide
active à l'évasion fiscale pour le compte de clients américains, UBS
s'attire les foudres de Washington, qui exige pour rançon un trésor
helvétique : le secret bancaire.
Le 19 février se répand une onde de choc dans toute la Suisse : UB
S a divulgué l'identité de 300 clients à la justice américaine,
levant le secret bancaire au mépris des procédures applicables en droit
suisse. Le gouvernement suisse a bel et bien donné son blanc-seing à
cette procédure d'urgence, afin de mettre UBS à l'abri d'une poursuite
pénale imminente, qui aurait menacé sa « survie », ou du moins impliqué
un retrait de sa licence américaine. Pour ce faire, le régulateur
bancaire (Finma), sur ordre de Berne, a court-circuité la décision du
tribunal compétent, qui devait d'abord décider s'il s'agissait de
fraude ou d'évasion fiscale, la fraude seule justifiant une levée du
secret bancaire. Pour autant, la banque n'a pu s'extraire des
tentacules du fisc américain, qui lui réclame, à présent, des
informations sur 52000 titulaires américains de comptes suisses,
pourtant clairement couverts par le secret bancaire, en l'absence de
soupçon de fraude.
En Suisse, ces nouvelles ont soulevé un tollé.
Tant les
partis politiques que les banquiers ont fustigé l'invraisemblable
légèreté avec laquelle UBS a joué avec les sévères lois fiscales
américaines. Une vingtaine de parlementaires réclament la démission du
président Peter Kurer et du directeur général Marcel Rohner. Mais
ce qu'a surtout dénoncé l'opinion, c'est le mépris des Etats-Unis
envers l'état de droit, qui crée un précédent très défavorable à la
Suisse. Et en effet, le 20 février déjà, la Commission européenne
déclarait qu'elle attendrait un « traitement similaire » de la Suisse.
Or
le véritable enjeu, ce sont les clients européens, marché
traditionnel des banques privées helvétiques: 28% des 500 milliards
d'euros qui échappent au fisc allemand, par exemple, sont gérés depuis
la Suisse, selon la Bundesbank. Et UBS se taille la part du
lion de ce marché. Cet épisode risque fort d'ébranler sa base
internationale de fortunes non déclarées, estimée à 250 milliards
d'euros. Faire des affaires avec les Etats-Unis a décidément des
conséquences ruineuses pour la banque suisse.
(par Myret Zaki, journaliste du quotidien suisse Le Temps)