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La semaine qui a fait vaciller Dublin

De la dégradation des notes de l'Irlande par les principales agences de notation à la dissolution à venir du Parlement irlandais, la crise économique que traverse le "Tigre celtique" depuis 2008 a connu une brutale accélération au cours de la semaine écoulée.

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Si les fondamentaux de la récession remontent à plusieurs années – éclatement de la bulle immobilière spéculative en 2006, crise du système bancaire et explosion du chômage à 14 % – , les signes d'inquiétude se sont multipliés depuis que Dublin a admis fin octobre que son déficit public s'élevait à 32 %, après la recapitalisation in extremis de l'Anglo Irish Bank. Les marchés craignant que l'Irlande ne soit plus capable de rembourser ses emprunts, l'Etat irlandais a dû se résoudre à demander l'intervention de l'Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI).

  • Lundi 15 novembre – les rumeurs d'une aide extérieure se multiplient

Alors que les marchés de la zone euro s'affolent de l'ampleur du déficit public de l'Irlande, Dublin laisse entendre qu'il mettra en place un plan économique et budgétaire sur quatre ans pour ramener son déficit sous le seuil de 3 % autorisé par les règles du pacte de stabilité de l'Eurogroupe, tout en avançant que les besoins de financement du pays sont assurés jusqu'en juin 2011.

Le ministère des finances irlandais admet que "des contacts se poursuivent à un niveau officiel avec des responsables internationaux", mais nie que l'Irlande ait fait une demande "d'aide extérieure", après que la BBC a révélé l'existence de discussions sur l'Irlande au niveau européen.

>> Lire notre revue de presse : "L'Irlande entretient l'ambiguité sur un plan de sauvetage européen"

  • Mardi 16 – les discussions "s'intensifient"

Réunis à Bruxelles, les seize ministres des finances de l'Eurogroupe soulignent, à l'instar de l'Allemand Wolfgang Schäuble, que l'Irlande n'a pas formulé de demande officielle d'aide et qu'il n'y a donc pas d'accord pour un plan de sauvetage. Quelques heures plus tard, le commissaire européen aux affaires économiques, Olli Rehn, et le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, indiquent que les discussions entre l'UE, le FMI et l'Irlande se sont intensifiées.

>> Lire l'entretien avec l'économiste Jérôme Creel, pour qui l'Irlande, confrontée à une hausse vertigineuse de ses dépenses publiques malgré une politique de rigueur de longue date, est un "contre-exemple de l'efficacité des contractions budgétaires".

  • Mercredi 17 – la Grande-Bretagne rentre dans le bal

Les ministres des finances de la zone euro sont rejoints par l'ensemble des ministres de l'Union européenne à Bruxelles. Le chancelier de l'Echiquier britannique, George Osborne, laisse entendre que Londres est prêt à aider son voisin via des prêts bilatéraux : "L'Irlande est notre voisin le plus proche et il est dans notre intérêt national que l'économie irlandaise marche."

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, estime que l'Union monétaire est "confrontée à une crise pour [sa] survie", menaçant jusqu'aux fondements de l'Union européenne, et appelle les Etats membres à "travailler de concert" pour éteindre l'incendie.

>> Lire notre série de questions-réponses sur la crise dans la zone euro.

  • Jeudi 18 – Une première délégation d'experts arrive à Dublin

Le gouverneur de la banque centrale irlandaise, Patrick Honohan, confirme au micro de la radio nationale RTE que le pays se prépare à recevoir un prêt de "plusieurs dizaines de milliards" d'euros. Le soir, le ministre des finances, Brian Lenihan, convient qu'il faut envisager "une aide extérieure" pour stabiliser le système bancaire.

Une délégation d'experts de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du Fonds monétaire international (FMI) arrive à Dublin pour étudier la situation économique du pays.

 

Le directeur du département européen du FMI, Ajai Chopra (à  droite), devant une agence de l'Anglo Irish Bank, à Dublin, jeudi 18  novembre.

Le directeur du département européen du FMI, Ajai Chopra (à droite), devant une agence de l'Anglo Irish Bank, à Dublin, jeudi 18 novembre.AP/Peter Morrison

  • Vendredi 19 – AIB confirme l'ampleur de la crise bancaire

L'Anglo Irish Bank annonce que ses usagers ont retiré pour 13 milliards d'euros de dépôts en 2010, soit 17 % de l'ensemble des dépôts de la banque. Un député Vert, membre de la coalition gouvernementale, propose au Parlement de passer un amendement créant un nouveau délit de "trahison financière".

Alors que le "Taoiseach", le premier ministre, Brian Cowen, inaugure un terminal flambant neuf à l'aéroport de Dublin, le sulfureux PDG de la compagnie Ryanair, Michael O'Leary, lui vole la vedette en arrivant avec un cercueil couvert du drapeau irlandais, assurant que ce nouveau terminal servirait de "lounge" à la délégation du FMI.

 

Le patron de la compagnie aérienne Ryanair, Michael O'Leary,  essuie une larme très mise en scène pour dénoncer les coûts engagés pour  inaugurer le terminal 2 de l'aéroport de Dublin.

Le patron de la compagnie aérienne Ryanair, Michael O'Leary, essuie une larme très mise en scène pour dénoncer les coûts engagés pour inaugurer le terminal 2 de l'aéroport de Dublin.AFP/PETER MUHLY

  • Dimanche 21 – L'UE et le FMI acceptent de venir en aide à l'Irlande

Après que l'ensemble du gouvernement irlandais s'est réuni tout le week-end pour préparer un budget de rigueur qui sera présenté mercredi, Dublin officialise, dimanche soir, sa demande d'aide internationale ; l'UE et le FMI acceptent l'idée d'un prêt de plusieurs dizaines de milliards d'euros. Plusieurs pays, en dehors de la zone euro, se proposent en outre de venir en aide à l'île via des prêts bilatéraux, notamment la Grande-Bretagne et la Suède.

>> Lire la note du blog Démystifier la finance, "un sauvetage au goût amer", et les premiers détails sur l'aide internationale.

  • Lundi 22 – Brian Cowen annonce la dissolution en janvier du Parlement

Au lendemain de l'annonce officielle de l'aide extérieure, les critiques pleuvent sur le gouvernement. La presse accuse Dublin de "reddition", estimant que le pays perd sa souveraineté en se soumettant aux règles édictées par Bruxelles et le FMI. Plusieurs syndicats et partis, y compris au sein de la coalition gouvernementale, demandent la dissolution du "Dail" (la chambre des députés) et la tenue d'élections anticipées. Lundi soir, Brian Cowen cède partiellement à la pression politique et médiatique en acceptant d'organiser des élections, mais seulement après que le budget de rigueur qu'il prépare pour 2011 sera adopté par le Parlement.

>> Lire la revue de presse "Brian Cowen, étrillé par la presse irlandaise" et notre analyse politique sur le gouvernement irlandais à l'agonie.

  • Mardi 23 – le plan de sauvetage ne convainc pas les marchés

En officialisant dès dimanche soir la mise en place du plan d'aide internationale, Dublin, Bruxelles et le FMI entendaient rassurer les investisseurs avant l'ouverture d'une nouvelle semaine sur les marchés financiers. Le répit observé sur les Bourses lundi matin n'aura pourtant été que de courte durée. Pour la deuxième journée consécutive, les principales Bourses européennes ont clôturé en baisse, mardi, tandis que l'euro s'est enfoncé sous 1,34 dollar, pour la première fois depuis deux mois. Les craintes d'une contagion de la crise financière irlandaise à d'autres pays, Espagne et Portugal en tête, et le flou concernant les modalités et le montant du plan de sauvetage, pèsent sur la confiance des investisseurs.

>> Voir dans le détail la chute des places financières européennes mardi.

Le Monde.fr

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