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La défense du calcul et de l’orthographe

  • Criminaliser l’orthographe ? par Agnès Lenoire, Magland (Haute-Savoie)

A la lecture de la chronique "Orthographite aiguë", je suis atterrée de constater le taux d'’exigence de vos lecteurs quant à la qualité de votre orthographe. Leur principal argument est que vous tenez une place de référent et que vous devez la tenir… en étant parfait, irréprochable. Mais qui est parfait en orthographe ? Personne, absolument personne! C'est tout simplement impossible. Ni Le Monde, ni l'Académie française, j'en suis persuadée. Je tiens donc à vous dire que j'admire la haute tenue des écrits des journalistes du Monde, et que ce journal, même en y intégrant la journée "maudite" du 13 novembre, reste LA référence de qualité du journalisme écrit. Et je tiens à fustiger l'intégrisme ambiant qui veut que le summum de la culture soit l’orthographe, et que le moindre faux pas soit criminalisé. Ne vous découragez pas face à ces critiques. Les personnes qui se posent en défenseures d’une langue pure commettent des fautes d’orthographe comme tout le monde. Ce n’est qu’une question de degré : un peu moins pour les uns, un peu plus pour les autres. Mais leur nature ne change pas: faillible.

  • Des chiffres et des lettres par André Czornyj, Cransac (Aveyron)

Bien qu'ayant été professeur de lettres, je dirai, sans m'en vanter aucunement (car nous sommes heureusement des millions dans ce cas!), qu'élève j'ai toujours été bon en arithmétique et, plus tard, en algèbre (moins cependant en géométrie, surtout celle de l’espace…). Donc, la règle de trois ne m'a jamais posé de problème. Aussi, quand à la lecture de l’article "La règle de trois n'aura pas lieu", j’apprends (car je l'ignorais) que Xavier Darcos, ancien ministre de l'éducation, n'a pas su du tout, quand on lui donnait le prix de 4 stylos, calculer celui de 14, j'en ai été sidéré, tant ce problème est simple ! On me permettra donc de juger scandaleux qu'on ait pu choisir pour ministre de l'éducation nationale une personnalité aussi mathématiquement nulle ! J'ajouterai, s’agissant de ce problème si élémentaire, que, avant de lire, plus bas dans l'article, la solution un tantinet primaire qu'en donne Le Monde (on divise par 4 et on multiplie par 14…), j'en ai d'emblée, et comme instinctivement, utilisé une autre, qui m'a paru évidente et simple aussi (on divise par 2 et on multiplie par 7…). Mais il est vrai que, ce faisant, j'ai dépassé de cent coudées les capacités de M. Darcos et de ses semblables…

  • Culture littéraire par Georges Marcellier Mably (Loire)

La chronique "Orthographite aiguë" et l'article "La règle de trois n'aura pas lieu" révèlent, à leur façon, combien la culture française est purement littéraire, et cela m'agace "vice et râlement". Ainsi, Xavier Darcos, ancien ministre de l'éducation nationale, a répondu "ça, je ne sais pas faire du tout" lorsqu'on lui a demandé de résoudre l'équation suivante : 4 stylos valent 2,42euros, combien coûtent 14 stylos ? Si c'est faux, c'est une coquetterie de littéraire qui se dit nul en mathématique pour faire ressortir sa "culture personnelle", mais, si c'est vrai, c'est inquiétant pour sa gestion. Car essayez dans une conversation de dire : "Je suis nul en orthographe", personne ne sourira. Vous écrivez qu'à l'entrée du collège 7 élèves sur 10 ne savent pas répondre à la question : calculer le prix de 20 objets lorsque 10 d'entre eux coûtent 22 euros ; je n'y crois pas un instant, et ce serait dramatique pour notre avenir, alors qu'écrire "balade" pour "ballade" me semble une erreur dérisoire… Dans un siècle, il y aura peut-être une évolution dans la langue et l'orthographe, mais, quoi qu'il en soit, en mathématique, 3 fois 2 feront toujours 6.

  • Les règles d’antan par Michel Perrin, Portets (Gironde)

La chronique "Orthographite aiguë" m'a soulagé d'un grand poids. Fidèle abonné du journal, j'en étais venu, depuis quelques mois, à croire (comme, apparemment nombre de vos lecteurs) que quelque académique autorité secrète avait "enjoint les journalistes du Monde" de laisser tomber "en déserrance" la construction traditionnelle du verbe "enjoindre". Peut-être fallait-il voir là la patte cachée du Grand Manitou, soucieux de fiabilité et sécurité pour tout ce qui "attrait" à la langue française ? Vous me rassurez, il n'en est rien. Puisque "les articles sont bons mais mal relus", que diriez-vous de l'idée de constituer une cohorte coopérative de relecteurs amateurs, qui recevraient chacun par courriel un article "de fond" à relire chaque jour avant impression ? Nul n'est, bien sûr, infaillible, mais votre courrier des lecteurs montre qu'il ne manque pas de regards avertis et exigeants ! Tout dépendrait, évidemment, de l'heure du bouclage – je ne serais personnellement volontaire qu'à partir de, disons, 7 heures du matin. Point trop n'en faut, n'est-ce pas ?

  • Importance du primaire par Pierre Derville ,Versailles

L'orthographe devrait être acquise en fin de primaire. En son temps, le CEP servait de contrôle et permettait à ses titulaires, s'ils ne poursuivaient pas leurs études, d'occuper des emplois subalternes. Pour l'élève arrivé en terminale, l'orthographe doit être passée à l'état de réflexe. Un mois de stage en première année de faculté ne peut pallier les lacunes accumulées pendant six ans. On revient au problème récurrent de l'importance fondamentale du primaire comme pour les mathématiques (voir "La règle de trois n'aura pas lieu"). Vous concluez : "Passons vite sur les fautes courantes" (?). C'est la politique de l'autruche et le début du laxisme.

  • Vocabulaire par Pierre Pelloso, Paris

Retraité de l'enseignement supérieur, j'ai aussi été confronté, chez des étudiants en électronique et informatique, à ce problème de perception des proportionnalités, comme le mentionne l'article "La règle de trois n'aura pas lieu". J'étais arrivé à la conclusion suivante: le mot "règle" est inapproprié, car ce substantif exclut d'emblée l'idée de raisonnement ! Or pratiquer des raisonnements implique un maniement suffisant de la langue dans laquelle ils sont exprimés, et c'est là où le bât blesse ! Xavier Darcos est un littéraire, donc jongler avec des mots lui est familier. Proposez-lui donc de résoudre le problème suivant – que je proposais aux étudiants un peu trop imbus de leurs connaissances mathématiques : j'ai trois fois l'âge que vous aviez quand j'avais l'âge que vous avez. Quand vous aurez l'âge que j'ai, ensemble nous aurons 98 ans. Quels sont nos âges respectifs ? C'est un problème posé à un certificat d'études primaires en 1928 ! Je demandais une résolution arithmétique. Mais, en désespoir de cause, j'acceptais la résolution algébrique. Autour de 1 % de l'assistance résolvait arithmétiquement, 80% résolvait algébriquement, le reste séchait lamentablement. Les mathématiques sont affaire de vocabulaire avant tout, seulement ensuite se pose le problème purement technique de leur assimilation.

  • Encouragement par Yves Richard, Paris

Je voudrais encourager l'ensemble des journalistes en leur disant que j'ai le sentiment d'une amélioration générale au cours, au moins, de l'année écoulée, sinon des deux dernières. Je ne puis fonder ce sentiment sur des statistiques précises, ne m'amusant pas à ce type de comptage. Je pense par exemple au prurit qui a saisi la quasi-totalité de la presse avec l'emploi du mot "éponyme", la plupart du temps improprement à la place d'"homonyme". Le Monde a pendant quelque temps cédé à cette fièvre contagieuse, puis s'est bien repris, me semble-t-il. J'ai aussi le sentiment d'un effort systématique pour veiller à l'emploi de l'indicatif après "après que". On peut déplorer assez souvent un défaut de concordance des temps. On trouve par exemple "après qu'il a" là où il faudrait "après qu'il eut" compte tenu du temps du verbe de la proposition principale. Il me semble également percevoir une amélioration concernant le verbe "attester".

  • Analyse et raisonnement par Philippe Cauchetier, Massy (Essonne)

J'ose espérer que la réponse de Xavier Darcos dans "La règle de trois n'aura pas lieu" est une boutade, car elle signifierait qu'un agrégé de lettres est incapable de bon sens et d'appliquer la recette du Discours de la méthode, à savoir aller du complexe au simple, puis aller du simple au compliqué ou encore commencer par analyser pour ensuite synthétiser. Quant à l'explication "psychopédagogique", elle n'apporte rien à mon avis, complique tout et part, semble-t-il, d'une mauvaise analyse. En effet, dans les années 1970, lors d'une réunion parents-enseignants au cours de laquelle je m'étonnais qu'on n'enseigne plus la règle de trois, il me fut répondu que celle-ci était incompréhensible pour les enfants et qu'on enseignait désormais les proportions ! Exit donc la règle de trois ! On oublie que la règle de trois est la règle des trois lignes, à savoir : je pose les données (si 4 stylos valent 2,42 euros) ; je simplifie ou analyse (alors 1 stylo vaut 2,42 divisé par 4) ; je réponds ou synthétise (donc 14 stylos valent 2,42 divisé par 4 et multiplié par 14). Les "alors" et "donc" qu'on n'utilise plus avaient toute leur raison d'être. Encore faut-il bien sûr expliquer ce que signifient concrètement les opérations division et multiplication. Autrement dit, cela veut dire que ce qui est en cause n'est pas l'enseignement des mathématiques proprement dites mais celui de l'analyse du problème et des données et raisonnement nécessaire pour le résoudre.

  • Un ovni mathématique par Gilbert Gabillard, Rennes

Enfin, avec l'article "La règle de trois n'aura pas lieu", un organe de presse se penche sur l'innumérisme, mal qui, en France, est régulièrement légitimé par nos intellectuels qui se prétendent cultivés en ignorant tout des sciences. Les élucubrations d'un ancien ministre sur le réchauffement climatique ont pu ainsi se développer, car les querelles de chiffres paraissent absconses aux décideurs soudain démunis. C'est d'ailleurs tout à l'honneur du Monde d'avoir sur ce point contribué à démystifier Claude Allègre. Vous souligniez, avec raison, combien l'innumérisme est un handicap quotidien pour les individus, les responsables contraints de déléguer à des experts des prises de décisions de bon sens.

Mais pourquoi ce titre désastreux qui au-delà du jeu de mot ressuscite une règle, que dis-je, un truc, enfoui, oublié, rangé au pavillon des horreurs: la règle de trois ? Cet ovni mathématique n'est plus enseigné depuis, au bas mot, une quarantaine d'années tant elle bloquait, car elle masquait, l'apprentissage d'une notion importante : la proportionnalité. La proportionnalité, seule, par le passage à l'unité comme le dit Maryline Baumard, permet à la fois d'expliquer et de résoudre les problèmes quotidiens de passage du simple au multiple, du multiple au simple et par combinaison du multiple au multiple. L'acquisition de cette notion est une des étapes essentielles de la construction d'une culture scientifique, de la compréhension des phénomènes et de leurs mesures. La règle de trois n'aura plus lieu, c'est heureux, mais le chantier de l'innumérisme est encore ouvert.

  • Tendre vers l’excellence par Alexis Bureau, Poitiers

La chronique "Orthographite aiguë" m'a beaucoup intéressé et, dois-je le dire, amusé. Je salue au passage l'attention grammaticale et orthographique affûtée dont font preuve certains lecteurs, qui ne manquent pas de relever la moindre "coquille" et d'en faire immédiatement part à la rédaction. Cette démarche m'apparaît tout à fait constructive dans la mesure où elle participe d'une volonté du lecteur d'aider son quotidien préféré à tendre vers l'excellence. Toutefois, bien qu'étant, moi, attaché à la langue de Jean-Baptiste Poquelin, le ton sur lequel ceux-ci vilipendent les impardonnables auteurs de quelques bévues me paraît quelque peu disproportionné.

  • Priorité par René Hurstel, Rossfeld (Bas-Rhin)

La France, réputée pour sa littérature, est touchée par une crise de l'orthographe sans précédent. Beaucoup des plus illustres écrivains qui ont su jongler avec les mots tout en observant une stricte orthographe seraient déçus en voyant le nombre de fautes d'orthographe et de grammaire qui pullulent dans certaines copies d'étudiants en première année d'études supérieures. Notre langue française est une richesse que nul n'a le droit de brader. Jean-Jacques Rousseau disait : "Oserais-je exposer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute l'éducation ? Ce n'est pas de gagner du temps, mais d'en perdre." Laissons l'étude de la littérature aux collégiens et consacrons à l'orthographe et à la grammaire plus de temps pour que les élèves aient les moyens d'arriver à un bon niveau en orthographe.

Article paru dans LeMonde/Illustration non rattachée

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