Conduire en état d'ébriété un samedi soir est un délit répandu. Il est plus rare que la police interpelle une femme d'Eglise dans cet état, surtout pendant le carême. Prise sur le fait à Hanovre samedi 20 février, la charismatique chef de l'Eglise protestante allemande, Margot Kässmann, 51 ans, a annoncé sa démission mercredi 24 février. Un test d'alcoolémie, ordonné après qu'elle eut brûlé un feu rouge, avait révélé que l'évêque d'Hanovre, élue présidente du Conseil de l'Eglise protestante allemande (EKD) en octobre 2009, avait un taux largement supérieur au niveau autorisé. La pasteure risque une forte amende et un retrait de permis d'un an.
L'incident est d'autant plus fâcheux que Mme Kässmann avait dénoncé par le passé le manque de responsabilité de certains automobilistes. "C'est une grave erreur que je regrette profondément", a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse.
Cette femme menue, dont les prêches attirent depuis longtemps les foules, était devenue une référence morale en Allemagne. Sur l'avortement, les boîtes à bébés (qui recueillent les nouveau-nés abandonnés) ou les bas salaires, ses interventions étaient toujours très écoutées. En même temps, celle que la presse surnomme "la popstar du protestantisme" a su garder le contact avec les fidèles.
Cette fille de serrurier née à Marbourg dans l'Etat de Hesse a fait une carrière rapide. Ordonnée pasteure en 1985, elle était devenue secrétaire générale de la Journée protestante allemande en 1995, puis, en 1999, elle avait été la deuxième femme à être élue évêque. L'une des clés de son succès réside dans son authenticité. Elle n'a pas hésité à évoquer publiquement son cancer du sein ou les changements provoqués par la ménopause. En 2007, cette mère de quatre filles avait divorcé après 26 ans de mariage avec un pasteur et s'en était expliquée dans les médias.
Aussi, son arrivée à la tête de l'Eglise protestante laissait attendre de nombreux changements. Cette communauté religieuse qui compte 25 millions de fidèles en a bien besoin. En 2008, 160 000 d'entre eux se sont fait rayer des registres de l'Eglise. Moins de deux mois après son élection, Margot Kässmann avait provoqué une polémique en critiquant l'engagement militaire en Afghanistan. Lors d'un prêche, le 1er janvier, elle avait proclamé que "rien n'est bon en Afghanistan" et que "les armes ne contribuent apparemment pas à la paix".
Après l'incident du week-end, la chef de l'Eglise protestante considère que son autorité morale est ébranlée : "Je n'aurais plus eu à l'avenir la liberté de juger des défis éthiques et politiques." L'annonce de sa démission a été saluée par les médias. "Ce n'est pas un acte de faiblesse mais de force", a estimé le quotidien Süddeutsche Zeitung.