Le régime libyen a annoncé que ses troupes allaient se retrirer de la ville rebelle assiégée de Misrata. Selon le vice-ministre des affaires étrangères, Khaled Kaaim, l'armée est incapable de venir à bout des rebelles en raison des raids de l'OTAN. Tripoli a donc décidé de confier aux tribus loyalistes de la région la mission de mettre fin au conflit dans cette ville par le biais de négociations ou par la force.
L'annonce par le régime de la mobilisation d'habitants des villes environnantes, comme Bani Walid ou Zliten, fiefs de la tribu des Werfella, vise semble-t-il à compliquer la tâche de l'OTAN en impliquant ces "civils". Elle ne devrait cependant pas apporter de changement majeur sur le front, car une grande partie d'entre eux y combattrait déjà, sous la bannière de l'"armée populaire" composée de milices de "volontaires".

Un char de l'armée de Mouammar Kadhafi détruit à Misrata. AP/STR
Les rebelles annoncent la libération de Misrata. D'intenses combats se sont néanmoins déroulés samedi matin dans la troisième ville de Libye, faisant au moins dix morts, selon un responsable de l'hôpital de la ville. Un porte-parole des rebelles a parallèlement annoncé que la ville portuaire, assiégée depuis près de deux mois, avait été libérée. Cette annonce n'a pas pu être confirmée de source indépendante, mais des soldats loyalistes capturés par les insurgés avaient indiqué samedi matin qu'ils avaient reçu l'ordre de se retirer de la troisième ville de Libye.
"Misrata est libre, les rebelles ont gagné. Certains soldats des forces de Kadhafi ont été tués et les autres sont en fuite", a déclaré le porte-parole, Gemal Salem, joint au téléphone par Reuters. Il a ajouté que les forces fidèles au Guide libyen restaient aux abords de Misrata d'où elles pourraient reprendre leurs bombardements. Les rebelles, a-t-il précisé, passent actuellement au peigne fin la ville et débarrassent les rues de leurs débris. Avant de partir, les forces de Kadhafi, dit-il, ont dissimulé des charges explosives dans des corps, des véhicules et des habitations.

Un soldat pro-Kadhafi se fait soigner à l'hôpital de Misrata, samedi.REUTERS/YANNIS BEHRAKIS
Situation humanitaire critique. Misrata est la dernière grande ville tenue par l'insurrection à l'Ouest. Elle est assiégée depuis près de deux mois et la situation humanitaire y est catastrophique. On estime que le siège de cette ville de Tripolitaine devenue le symbole de la résistance aux forces de Mouammar Kadhafi s'est soldé par des centaines de morts parmi une population civile affamée.
En fin de semaine, les rebelles semblaient regagner du terrain dans la ville. Vendredi, les insurgés avaient annoncé avoir repris le contrôle d'un important immeuble situé rue de Tripoli, principale artère qui relie le centre aux quartiers situés au sud. Ce bâtiment qui abritait auparavant les services d'une compagnie d'assurance avait été investi par des snipers kadhafistes dont les tirs limitaient grandement les possibilités de déplacement des insurgés au sol.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a souligné que la situation humanitaire se dégradait à Misrata où l'accès à l'eau et les soins médicaux sont problématiques. Un navire affrété par l'OIM est arrivé samedi à Misrata avec 160 tonnes d'aide humanitaire (nourriture, matériel médical, tentes) et devait quitter la ville pour Benghazi dans l'après-midi, en évacuant un millier de réfugiés étrangers, notamment Nigériens. L'OIM a déjà évacué de Misrata plus de 3 100 réfugiés de 21 nationalités.

Les autorités libyennes ont guidé les journalistes vers ce qu'elles assurent être le lieu de Tripoli frappé par les forces armées occidentales. AFP/JOSEPH EID
Frappes de la coalition à Tripoli. À Tripoli, capitale fermement tenue par Kadhafi, les avions de la coalition internationale ont touché, vendredi soir, une cible proche du centre de commandement de Kadhafi, situé dans le quartier de Bab al Azizia. Selon le gouvernement libyen, ces frappes ont fait trois morts.
Selon l'agence Reuters, deux bombes de l'OTAN ont touché "ce qui ressemble à bunker", traversant le sol, puis une couche de béton renforcé. Le porte-parole du gouvernement libyen affirmé que l'endroit n'était plus utilisé.
En visite vendredi à Benghazi, le sénateur américain John McCain, adversaire républicain de Barack Obama à l'élection présidentielle de 2008, a appelé Washington a se lancer plus franchement dans la bataille et à se servir d'avions de basse altitude, conçus pour attaquer des troupes au sol. L'amiral Mike Mullen, chef d'état-major de l'armée américaine, a reconnu de son côté que le conflit se dirigeait vers une impasse.

Un drône américain Predator.REUTERS/POOL
Premiers tirs des drônes américains. Le ministère de la défense a annoncé que des drones américains avaient procédé samedi à des frappes en Libye pour la première fois depuis le début du conflit.
"Les premières frappes d'un Predator s'est déroulé en Libye samedi en début d'après-midi en heure locale", a indiqué un porte-parole du Pentagone. Les Predator sont un type de drone, des avions sans pilote guidés à partir du sol. Ces avions sans pilote sont des engins très endurants capables d'emporter deux missiles ou deux bombes de 125 kilos.
"Ce qu'ils apporteront d'unique, c'est la capacité de voler plus bas et donc d'avoir une meilleure visibilité sur des cibles précises, maintenant qu'elles (les forces loyales au colonel Kadhafi) ont commencé à s'enterrer dans des positions défensives", avait expliqué jeudi le vice chef d'état-major interarmées, le général James Cartwright, précisant qu'ils étaient "parfaitement adaptés" aux zones urbaines.