Jean-Pierre Treiber échappe définitivement à la justice: l'assassin présumé de Géraldine Giraud et Katia Lherbier a été retrouvé pendu samedi matin dans sa cellule de Fleury-Mérogis (Essonne). Ce suicide, qui met fin à l'action publique, intervient à deux mois de l'ouverture prévue de son procès devant les assises de l'Yonne.
Le détenu, âgé de 46 ans, a été découvert samedi vers 7h du matin à l'occasion d'une ronde, effectuée toutes les heures, a déclaré Guillaume Didier, porte-parole du ministère de la Justice. Son décès a été constaté dans les minutes qui ont suivi. Selon M. Didier, rien d'anormal n'avait été remarqué à 6h par les surveillants lors de la ronde précédente. Incarcéré dans le quartier d'isolement, Jean-Pierre Treiber "faisait l'objet d'une surveillance renforcée de jour comme de nuit", a-t-il insisté.
Selon une source proche de l'enquête, Jean-Pierre Treiber s'est pendu avec un drap. Il a laissé un mot, ajoutait-on de même source, confirmant une information du site Internet du "Point". D'après le site de l'hebdomadaire, il y expliquerait "en substance qu'il en a 'marre' d'être considéré comme un 'criminel' et qu'il ne supporte plus de ne plus voir les gens qu'il aime".
Une enquête judiciaire a été ouverte, confiée à la section des recherches de Paris et la Brigade des recherches d'Evry (Essonne).
La ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie a par ailleurs ordonné une enquête administrative, confiée à l'inspection des services pénitentiaires "de manière à ce que toute la lumière soit faite", a précisé Guillaume Didier à l'Associated Press.
La ministre, a-t-il dit, "s'est assurée que les familles" des victimes soient "informées immédiatement" de la mort de Jean-Pierre Treiber "et ne l'apprennent pas par la presse".
Ce qui n'a semble-t-il en revanche pas été le cas pour la famille de Treiber: sur RTL, sa soeur aînée, Paulette Stoëcklen, a jugé "pire qu'indécent" le fait que ses parents aient appris par les journalistes le suicide de leur fils. Il n'y a eu "aucune nouvelle officielle (...) pas un gendarme ou un policier n'est venu, personne, alors que leur fils est mort", s'est-elle insurgée. Mme Stoëcklen a ajouté qu'elle s'attendait "depuis longtemps" à "ce qui est arrivé aujourd'hui".
Jean-Pierre Treiber aurait dû être jugé à compter d'avril devant les assises de l'Yonne pour les enlèvements, séquestrations et assassinats de Géraldine Giraud, fille du comédien Roland Giraud, et son amie Katia Lherbier, disparues le 1er novembre 2004 alors qu'elles séjournaient dans la résidence secondaire de l'acteur dans l'Yonne. Leurs corps avaient été retrouvés le 9 décembre suivant dans un puisard près de la propriété de Treiber à Villeneuve-sur-Yonne.
Roland Giraud s'est déclaré "furieux" et "effondré" après l'annonce du suicide de l'assassin présumé de sa fille. "On a tout eu jusqu'au bout et même le pire puisque je ne sais même pas s'il y aura un procès", a-t-il souligné sur Europe-1.
"Je ne comprends pas, que dans une prison à haute sécurité on puisse s'échapper comme ça, enfin s'échapper de la manière dont il s'est échappé", a-t-il ajouté sur France-Info. L'absence de procès "évite de dissiper d'éventuelles zones d'ombre", mais "c'est un aveu à mon avis de sa part", a-t-il jugé.
L'avocat de la famille Giraud, Me Francis Szpiner, estimait lui aussi sur iTélé que "Treiber par ce suicide a avoué", tout en jugeant cet épilogue "frustrant" pour la famille.
Le défenseur de Treiber, Me Eric Dupond-Moretti, évoquait de son côté "le geste d'un homme, qui à l'évidence, est très mal". "Treiber peut aussi avoir eu le sentiment de ne pas avoir été entendu par la justice et c'est peut-être ce qui a nourri son désespoir", a-t-il commenté sur France-Info.
Jean-Pierre Treiber avait été incarcéré à Fleury-Mérogis après son évasion de la maison d'arrêt d'Auxerre le 8 septembre dernier. Après dix semaines de cavale, il avait été interpellé le 20 novembre à Melun, en Seine-et-Marne.
Le 7 décembre dernier, il s'était expliqué pour la première fois depuis sa capture face aux deux juges d'instruction d'Auxerre cosaisis de l'enquête sur son évasion. A l'époque, Me Dupond-Moretti avait rapporté que son client avait justifié son évasion en expliquant aux juges que "c'était ça où je m'accrochais", sous-entendant qu'il avait déjà pensé au suicide.
La CGT pénitentiaire a dénoncé dans un communiqué ce "nouveau suicide" en prison, soulignant que Jean-Pierre Treiber, "placé au quartier d'isolement", était "un détenu particulièrement surveillé: "C'est dire combien les mesures mises en place par l'administration et le ministère de la justice restent inefficaces, malgré le professionnalisme de l'ensemble des personnels". "Ce sont des personnels supplémentaires et une autre politique pénale qu'il faudrait pour faire face aux maux du système carcéral", ajoute la CGT.
Selon les chiffres officiels du ministère de la Justice, au moins 115 détenus se sont suicidés en prison en 2009 en France, contre 109 l'année précédente. Le mode opératoire est la pendaison à 90%. AP