L'ancien président égyptien Hosni Moubarak
a plaidé non coupable à son procès, mercredi 3 août au Caire, rejetant
catégoriquement toutes les accusations portées contre lui. Accusé d'être impliqué dans le meurtre de manifestants et de corruption, M. Moubarak a plaidé non coupable. "Toutes ces accusations, je les nie complètement", a-t-il déclaré, après être arrivé à l'académie de police en civière. Ses fils Alaa et Gamal, accusés de corruption, ont ensuite pris la parole pour plaider non coupables.
Moins de six mois après la chute de son régime, emporté par une
révolte populaire le 11 février, Hosni Moubarak comparaît pour meurtres
et corruption, un procès historique pour l'Egypte et le monde arabe,
qui doit être diffusé en direct à la télévision publique
Le procès se tient dans l'enceinte de l'école de police, dans la
banlieue du Caire, pour des raisons de sécurité. Dans l'amphithéâtre qui
accueille le procès, une grande cage à barreaux noirs a été installée
pour accueillir
les accusés, tous habillés de blanc, la tenue réglementaire des
prévenus qui ne sont pas encore condamnés, à l'exception de l'ancien
ministre de l'intérieur Habib El-Adli,
déjà condamné à 12 ans de prison pour maversations financières. Les
deux fils de l'ancien raïs, Alaa et Gama, se tenaient dans la cage au
côté de leur père.
A l'extérieur, des centaines de personnes, dont des familles des
victimes et des journalistes, étaient rassemblées et suivaient
l'audience sur un écran géant. Des partisans de l'ex-président se sont
heurtés à ses opposants au petit matin, puis au moment où l'audience
était suspendue pour une pause.

La cage dans laquelle se tiennent les huit co-accusés.AFP/Egyptian TV
Hosni Moubarak, qui est âgé de 83 ans et a régné sur l'Egypte pendant 30 ans, est notamment poursuivi pour homicides avec préméditation dans le cadre de la répression du mouvement de contestation de janvier-février
qui a provoqué sa démission et a fait 840 morts, selon un bilan
officiel. S'il est reconnu coupable, Hosni Moubarak est passible de la
peine de mort.
Son avocat, Farid Al-Dib, doit arguer que M. Moubarak est trop malade pour être
jugé et qu'il n'a pas autorisé la répression brutale des manifestants.
M. Al-Dib a assuré que M. Moubarak souffrait d'un cancer et que, la
semaine dernière, il était dans le coma, ce que l'hôpital dans lequel il
est soigné pour des problèmes cardiaques a démenti. L'un de ses
médecins a affirmé qu'il était dans un état relativement stable mais
qu'il était faible, car il refuse de s'alimenter,
et est très déprimé. L'ancien raïs sera hospitalisé au Caire, à l'école
de police où se tient le procès, après la première audience, rapporte
l'agence de presse officielle Mena, citant une source autorisée.
Avant le procès, nombreux étaient les Egyptiens à se dire sceptiques sur sa présence dans le box des accusés. D'autres accusaient l'armée, au pouvoir depuis sa démission, de chercher à lui éviter une "humiliation".
Mais mercredi matin, Hosni Moubarak a quitté, à bord d'une ambulance,
l'hôpital de Charm el-Cheikh, où il est en détention préventive depuis
avril. Il a atterri dans la matinée à l'aéroport militaire d'Almaza, au
Caire.

Gamal et Alaa, les deux fils de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak, sont jugés avec lui au Caire, mercredi 3 août. Reuters/REUTERS TV
IMPORTANT DÉPLOIEMENT SÉCURITAIRE
Les deux fils de l'ancien président, son ancien ministre de
l'intérieur Habib el-Adli ainsi que six hauts responsables de la police
seront jugés en même temps. L'homme d'affaires Hussein Salem, un proche des Moubarak, sera, quant à lui, jugé par contumace. L'ensemble de ces accusés devront répondre des accusations de détournement d'argent public et du meurtre de manifestants antirégime pendant la révolte.
Devant le tribunal, plus d'un millier de policiers et de soldats ont été déployés pour assurer
la sécurité aux alentours. Des barbelés ont été placés devant le
bâtiment et une dizaine de bus de la police anti-émeutes en gardaient
l'entrée. Près de six cents personnes – avocats, familles des victimes,
journalistes – ont été autorisées à assister au procès.
LeMonde