Google fait un pas de plus sur le terrain matériel. Mercredi soir, au cours de sa conférence I/O, le groupe californien a présenté les trois premiers ordinateurs équipés de son logiciel Chrome OS. Ce système d'exploitation, entièrement tourné vers l'Internet, est destiné à un usage basique (Internet, traitement de texte) et se veut le plus simple du monde. Deux portables ont été présentés : l'un fabriqué par Samsung (13 pouces, de 429 à 499 dollars) et l'autre par Acer (11,6 pouces, 349 dollars). Tous deux annoncent une autonomie d'une journée et seront disponibles dès le 15 juin dans plusieurs pays, dont la France.
Un mini-ordinateur de bureau nommé Chromebox a aussi été dévoilé, pour les "usages non mobiles". Équipé lui aussi de Chrome OS, il est destiné notamment aux entreprises et aux universités et écoles, qui souhaitent déployer des ordinateurs rapidement et à peu de frais. Pour les trois nouvelles machines, Google promet un premier déballage en trois minutes, et un temps de démarrage normal de huit secondes : des performances que Le Point.fr a pu vérifier avec un prototype CR-48 fabriqué par Samsung.
Un bouton "jailbreak"
Avec Chrome OS, toutes les données ou presque sont hébergées chez Google. L'ordinateur, relativement peu puissant, fonctionne grâce à "l'informatique dans les nuages" ("cloud computing"), c'est-à-dire l'utilisation de ressources de stockage et de calculs des serveurs. Les mises à jour sont automatiques et transparentes pour l'utilisateur, à chaque démarrage. Aucune action n'est nécessaire pour l'entretien de la machine, sauf à vouloir utiliser un mode expert.
"Les modèles informatiques actuels sont cassés : les gens doivent passer trop de temps à entretenir leur ordinateur pour continuer à l'utiliser", explique au Point.fr Caesar Sengupta, directeur de la gestion produit de Chrome. Les Chromebooks sont "fantastiques pour les utilisateurs qui ne savent pas ce qu'est le cloud", ajoute-t-il. Et pour les plus technophiles, un bouton "Jailbreak" permet de déverrouiller le système et de bidouiller à sa guise le logiciel. "Lorsque c'est en position protégée, vous profitez de l'environnement en toute sécurité. Et lorsque c'est déverrouillé, vous pouvez vraiment faire ce que vous voulez, installer n'importe quel logiciel", explique Caesar Sengupta.
Accords avec les opérateurs
Les applications intégrées à Chrome OS sont faites pour être utilisées en ligne. Néanmoins, Google est conscient qu'une connexion Wi-Fi n'est pas toujours disponible : des modules 3G sont donc présents sur la plupart des Chromebooks. De plus, le géant prépare une version hors ligne de certaines applications très populaires, comme Gmail, Documents et Calendrier. Cela permettra aux utilisateurs de continuer à travailler lors d'une perte de connexion, ou dans un environnement déconnecté.
Pour la commercialisation, Google compte, bien sûr, sur les revendeurs traditionnels, mais espère aussi s'appuyer sur les opérateurs mobiles. "Nous avons un certain nombre d'accords avec les opérateurs", affirme au Point.fr Rajen Sheth, en charge de la gestion produits de Chrome OS, tout en refusant de dévoiler des prévisions de vente.
Confiance nécessaire en Google
Ces nouveaux ordinateurs devront se trouver un marché, face aux netbooks, aux ultraportables et, peut-être, aux tablettes. La possibilité de déverrouiller le logiciel sera probablement un atout, face notamment à Apple qui réprime ceux qui bidouillent leur appareil. La facilité d'entretien sera, quant à elle, un bon argument face à Microsoft et ses systèmes Windows. Mais il est clair que l'omniprésence de Google dans la vie des utilisateurs, déjà importante, pourrait inquiéter.
Avec un ordinateur Chrome OS, un compte Gmail et des documents dans Google Docs, l'utilisateur est obligé de faire une confiance aveugle au moteur de recherche pour assurer la disponibilité des données d'une part, et la protection des informations confidentielles d'autre part. Il suffit que Google ait une faille sur un serveur, comme cela arrive parfois, et tout le système s'écroule.