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G20, OTAN : le pari diplomatique de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy compte encaisser les dividendes de sa politique étrangère, à l'occasion du sommet du G20 à Londres, mercredi 1er et jeudi 2 avril, puis du soixantième anniversaire de l'OTAN, vendredi 3 et samedi 4, à Strasbourg et Baden-Baden en Allemagne.

Ces réunions sont censées couronner une stratégie construite en deux étapes. Le président de la République a cherché à remettre la France au coeur du système occidental pour mieux l'influencer. A rompre, dès son élection, avec "l'antiaméricanisme, ce cancer culturel qui empêche la diplomatie française de se déployer", selon l'expression de M. Sarkozy, en annonçant notamment le retour complet de la France dans l'OTAN.

La seconde phase, plus récente, a consisté à s'allier avec la chancelière allemande Angela Merkel. Après deux années de méfiance mutuelle, le chef de l'Etat a constaté, une fois les fastes de la présidence française de l'Union européenne (UE) éloignés, qu'il ne pouvait exercer une influence que de concert avec l'Allemagne.

Certes, la vedette sera Barack Obama, qui effectue sa première tournée internationale. Mais le président français, qui se contentera d'une heure d'entretien à Strasbourg avec son homologue américain, entend peser sur les débats avec Mme Merkel.

Le sommet du G20, qui réunit les dirigeants des vingt premières puissances de la planète au chevet du capitalisme, est un peu son enfant. C'est lui qui en a lancé l'idée aux Nations unies le 23 septembre 2008, avec le seul soutien de Mme Merkel. Quant au sommet de l'OTAN, il se tient pour la première fois depuis 1957 en France. Il est organisé par Paris et Berlin, unis sur un sujet, la défense, qui les a souvent divisés, l'Allemagne refusant de choisir entre la France et l'Amérique.

Mais la semaine est à risques parce que M. Sarkozy a fait mouvement sans avoir de certitudes sur les contreparties escomptées. L'OTAN fera une déclaration favorable à l'Europe de la défense, mais le projet reste dans les limbes, ne serait-ce que faute de marges de manoeuvres budgétaires.

Surtout, les conclusions du G20 ne sont pas bouclées. "Je ne m'associerai pas à un sommet mondial qui déciderait de ne rien décider", a affirmé M. Sarkozy, mardi 24 mars. "Le président est très lucide. Il sait que rien n'est acquis. Il pense que les forces de la pesanteur sont plus fortes que celles du mouvement", précise le ministre des affaires sociales Brice Hortefeux. La France et l'Allemagne ont scellé un accord en amont, avant de les présenter au premier ministre britannique Gordon Brown. Pour faire pression sur leurs pairs, Mme Merkel et M. Sarkozy tiendront une conférence de presse à Londres, mercredi à l'ouverture du sommet. "Si nous n'avions pas montré patte blanche sur certains sujets comme la défense, notre position sur le G20 aurait été perçue comme agressive", estime Bruno Le Maire, secrétaire d'Etat aux affaires européennes. Les deux capitales sont sur la même ligne. Dès l'été 2007, elles avaient plaidé pour une réglementation des fonds spéculatifs. "La crise confirme nos thèses anciennes. Nous n'avons pas de mal à les défendre, car elles ne constituent pas pour nous une rupture idéologique", explique un conseiller de M. Sarkozy.

L'Elysée et la chancellerie sont plus optimistes qu'en février. L'administration Obama était aux abonnés absents et Gordon Brown soupçonné de vouloir préserver la City. La pression des opinions publiques et l'approche des élections britanniques ont fait bouger les lignes, estime-t-on à Paris.

La crainte d'un affrontement entre partisans de la relance économique et adeptes de la régulation s'estompe. M. Sarkozy et Mme Merkel se sont entretenu par visioconférence avec M. Obama. Tous deux lui ont expliqué qu'ils avaient accompli des efforts de relance budgétaire importants, compte tenu du poids de l'Etat providence en Europe, qui accroît mécaniquement les dépenses sociales en cas de récession : "M. Obama l'a reconnu", juge Ulrich Wilhelm, porte parole de Mme Merkel, qui s'inquiète du retour de l'inflation et rejette tout plan de relance avant que ne soit mesuré l'effet des mesures déjà prises.

Sur la régulation, les Français espèrent des décisions, c'est-à-dire un processus détaillé avec des dates butoir. Paris et Berlin ont fait pression sur leurs petits voisins (Andorre, Liechtenstein, Monaco, Suisse, Luxembourg, Autriche et Belgique) pour qu'ils soient plus transparents. Ils espèrent établir une liste des paradis fiscaux et la possibilité de sanctions, ainsi que la surveillance des agences de notations et des fonds spéculatifs.

Ils escomptent aussi obtenir un encadrement des bonus des traders, qui ne doivent pas conduire à menacer le système financier. Aucune décision n'est attendue sur le plafonnement des rémunérations ou les stock-options. Les moyens financiers du FMI et les pouvoirs de régulation du forum de stabilité financière (FSF) seront élargis.

"On a avancé plus vite en six mois qu'en vingt ans", estime un négociateur français. La présence de Français à la tête des institutions internationales (Jean-Claude Trichet à la Banque centrale européenne, Hervé Hannoun à la Banque des règlements internationaux, Dominique Strauss-Kahn au FMI, Pascal Lamy à l'OMC) a favorisé les idées françaises. Pour renforcer cette stratégie, M. Sarkozy souhaite que le président de l'autorité des marchés financiers, Jean-Pierre Jouyet, et le médiateur du crédit, René Ricol, prennent la tête de l'association internationale des gendarmes de la bourse (Iosco) et des régulateurs comptables (IASC).

En réalité, sur la comptabilité, le dossier est bloqué. Les Français sont accusés de vouloir faire de la politique en voulant trop intervenir sur les comptes des entreprises. Par ailleurs, la thématique des changes n'est pas au menu du G20. Une réelle déception pour Nicolas Sarkozy qui avait appelé à un "nouveau Bretton Woods".

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