A l’unisson de la communauté internationale, la presse israélienne dénonce le raid mené par Tsahal sur une flottille humanitaire, qui a fait au moins neuf morts lundi matin au large de Gaza. «Le commando d'élite de l'armée israélienne a été envoyé pour accomplir une mission vouée à l'échec», déplore le quotidien centriste Maariv. «Fiasco» barre la une du Jerusalem Post tandis que le mot «PIEGE» s’écrit en rouge à la une du Yédiot Ahronot, le quotidien le plus vendu du pays. «La presse est très critique certes, mais sur la manière dont l’intervention a été menée, pas sur le principe du raid, qui ne fait pas débat. Les critiques sont très différentes de celles qu’on peut lire en Europe», insiste auprès de 20minutes.fr Claude Klein, professeur de droit constitutionnel à l’université de Jérusalem.
Dans son immense majorité la presse cible le gouvernement de droite de Benjamin Netanyahou et l’état-major israélien, qui n’ont pas su gérer la situation. «On a envoyé les soldats au casse-pipe, ils n’ont pas eu le choix et se sont retrouvés dans une situation épouvantable par la faute des décideurs», reprend l’universitaire. Pour le Maariv, «en ces temps difficiles, nous n'avons pas le Premier ministre, ni le ministre des Affaires étrangères, ni un gouvernement, dont Israël a besoin. L'actuel gouvernement étant composé dans sa majorité de ministres minables et inutiles». «Quelqu'un a commis une erreur et les combattants du commando en ont payé le prix», regrette Israël Hayom, un quotidien gratuit de droite. Un des éditorialistes du Yediot Ahronot est même allé jusqu’à réclamer la démission du ministre de la Défense Ehud Barak.
Une position qui n’est pas partagée par Claude Klein, fin connaisseur du système politique israélien, engagé en faveur du processus de paix. «Cet événement ne fera pas tomber le gouvernement, bien au contraire, assure-t-il. On voit une union nationale qui se crée dans la classe politique», faisant notamment référence au soutien de Tzipi Livni, présidente du parti progressiste Kadima lundi, après le raid. Les attaques contre Israël sont tellement fortes à l’étranger que, mécaniquement, les politiques serrent les rangs. D’après le chercheur, ce raid pourrait avoir deux conséquences, à moyen et long terme. La première serait de faire entrer Kadima au gouvernement. «Et du coup, ça pourrait faire avancer à terme les négociations avec les Palestiniens car cet événement prouve qu’on va être forcé de sortir de l’immobilisme. Le blocus de Gaza ne fonctionne pas, on ne pourra pas rester ainsi», s’avance-t-il.
Un optimisme loin d’être partagé par la presse israélienne mardi. Au-delà de l’action, ils s’interrogent sur l’image de leur pays, déjà écornée. «L'image d'Israël s'est détériorée, la Cisjordanie pourrait s'enflammer, comme la communauté des Arabes israéliens. J'espère qu'aucune de ces prophéties catastrophiques ne se concrétisera. Mais une chose est sûre, il ne sortira rien de bon de cette histoire», prédit Nahum Barnea, éditorialiste au Yediot Ahronot. Limiter les conséquences désastreuses sera compliqué, soulignent les médias. «La seule possibilité de convaincre les Israéliens et nos amis dans le monde qu'Israël regrette cette confrontation et son résultat est de mettre sur pied une commission d'enquête d'Etat pour déterminer qui doit payer pour avoir décidé cette politique dangereuse», propose le Haaretz, quotidien de gauche.