Il n'y a pas à dire, si le scénario n'était pas écrit, il faudrait l'écrire ! Ou l'inverse... Enfin, vous me comprenez.
Vendetta, toute la semaine victime expiatoire de la débilité retrouvée des pensionnaires-fermiers — et que je te tartine le lit du gamin de sauce barbecue, et que je l'empêche de jouer du piano en menaçant d'arracher les cordes de l'instrument à la pince coupante ! — a une deuxième fois été sauvé par le public, et à la première place : 40 % des votes pour le jeune bogoss, contre 33 % pour David Charvet et 27 % seulement pour l'ineffable Farid Khider, ainsi éjecté par le public une semaine après sa pitoyable engueulade avec Adeline B. Voilà qui devrait calmer un peu les ardeurs des insupportables Greg Basso et David « Malibu » Charvet.
Ce soir, c'était donc le « choc des titans » selon TF1. J'avais commencé la soirée au restaurant, étant donné que la chaîne avait décidé de décaler sa pathétique émission post-coloniale en deuxième partie de soirée. Résultat, j'ai raté le début, mais je sais, après avoir vu quatre primes déprimants, que je n'ai pas raté grand-chose. Quand je prends l'antenne, Vendetta vient apparemment de... ne pas reconnaître la voix de sa propre mère qui était au téléphone. Il faut dire que le seul retour son des fermiers est une oreillette : pas exactement l'idéal.
Que dit Vendetta quand on lui demande ce qu'il ferait s'il devenait chef (pas de suspense : il l'est, je vous le dis tout de suite) ? Pas compliqué : « Rendre heureux mes potes. » Selon V., « on s'acharne sur Francky, mais Francky est un mec cool ». Pendant ce temps, on entend les lazzi des autres fermiers, dont Claudette, qui a autant de coffre que sa délicieuse sœur. Sauf qu'elle se sert dudit coffre pour hurler « dehors ! » dans une émission de télé réalité. Chacun ses priorités.
Quand on demande à Malibu sa vision des choses, et ce qu'il ferait s'il redevenait chef — ce qu'à Aldo Maccione ne plaise —, voici ce que l'immortel interprète de Should I leave (« dois-je quitter la ferme ? ») répond : « Les choses doivent être faits par exemple. » Je me vois dans l'obligation de traduire en français les paroles de notre analphabète préféré : il voulait dire que « c'est en donnant l'exemple que les choses peuvent être faites ». De rien, David. Je me demande comment tout un peuple — celui qui regarde TF1, bien sûr — peut encore supporter tes incessantes agressions contre la langue. Enfin, je me demande... J'ai une idée assez précise de la réponse...
Ce qui est intéressant, c'est que le prime débutant une heure et demie plus tard, ça permet de lâcher un peu les fauves et l'émission est un brin moins ennuyeuse que la semaine dernière, ce qui n'est pas difficile. Pour commencer, justement, en parlant de fauves, pas une seule allusion aux animaux, dont on se fiche éperdument ! Aucune apparition alibi d'Olivier le ranger ! Du trash, du stupide, de l'avilissant ! Enfin de la vraie télé réalité. Ça fait du bien, après le naufrage infantilisant de la semaine dernière.
Benji, notamment, a eu apparemment tout le temps de consommer un maximum de vitamines spéciales « animation télé », et le rythme s'en ressent. On se demande même si Foucault n'a pas lu ma chronique de la semaine dernière : ayant sans doute pioché un peu dans le stock de Benji, le vénérable animateur de feue Sacrée Soirée est dans le ton : bafouillant, rigolard, peu professionnel, bref, le Monsieur Loyal idéal pour une telle démonstration d'ineptie.
La grande astuce de la soirée, outre le « choc des titans » qui oppose les trois plus grandes gueules de la ferme — Greg Basso étant encore chef, il a été épargné —, c'est que deux nouvelles « célébrités » vont intégrer la ferme, pour remplacer les lamentables recrues qu'étaient Adeline B. et Célyne D. La voix transformée, elles répondent aux questions pleines d'imagination des fermiers, qui doivent deviner qui elles sont (oh, quel suspense intéressant !). Ce qui donne un festival de réponses contradictoires, vu que les questions sont bien trop ouvertes pour deux personnes différentes (mais les fermiers n'ayant qu'un cerveau chacun, il ne faut pas leur en vouloir) : « Ouiii », « Nooon ». Les questions : « Est-ce que vous êtes dans la musique ? », « Est-ce que vous parlez français ? », « Est-ce que vous êtes dans le sport ? ». Bref, du vide pur.
Castaldi, doté d'une cravate ahurissante, mange alors les mots suivants, pour remettre un peu de rythme : « Des problèmes de dission comme Migal Vendeda ». Impayable Benji !
La première « nouvelle célébrité » est, de façon surprenante, une relative inconnue : Miss Dominique, apparemment ex-candidate de la Nouvelle Star. Je ne veux même pas le savoir. Tout ce que je vois, c'est que vu qu'elle est noire, TF1 a cru judicieux d'illustrer son arrivée par une musique encore plus basée sur le tam-tam que d'habitude. Il ne faut jamais désespérer de la bêtise de cette chaîne de télé. Francky, toujours dans la métaphore sexuelle, déclare qu'il est content car « elle va nous inonder de ses notes ». Comprenne qui pourra, ou qui voudra. Vendetta, quant à lui, qui sent bien qu'il a un tout petit peu besoin de soutien (il a pleuré, cette semaine, et c'était dur) : « J'ai beaucoup de respect pour elle. »
Un petit reportage sur David Charvet le présente étonnamment comme un vilain garçon, manipulateur et un tantinet tyrannique. La prod', aussi cynique qu'elle soit, n'est pas la dernière née, et le « reportage » tape dans le mille. Basso y est à juste titre dépeint comme une sorte de sous-fifre téléguidé de « David Kenobi », lui-même copieusement hué sur le plateau.
Que pensent de lui les fermiers ? Un mot chacun, sur une ardoise. Kelly : « altruiste » (c'est pour ça qu'elle a été Miss France : l'ingénue totale). Hermine, à qui on ne la fait pas, et qui se dévoile enfin un peu en public : « stratégique ». Sans blague. Francky : « prétentieux, sans humour ». Vlan ! Tous les autres sont dupes, ou ménagent leur avenir. Il vaut mieux être du côté de Charvet, à court terme.
Vendetta est alors appelé en hutte d'interview, pour le moment « spontanéité » de la soirée. La « célébrité mystère » numéro 2 est en effet au bout du fil et a quelque chose à dire au bogoss de Groslay : « J'espère que tu ne partiras pas, car j'ai vraiment envie de te rencontrer et j'ai plein de questions à te poser. » Ben voyons ! On ne sent pas l'énorme ficelle, que dis-je, le câble de la production, là ? Et Vendetta, pas franchement malin, s'y laisse prendre, vil flatté : « J'ai vraiment besoin d'une belle femme parce que y a pas grand-chose, et rien qu'à sa voix y a du potentiel... »
Soudain, retour plateau : Castaldi, en pic de vitamines magiques, est plié de rire et manque de s'asphyxier. C'est au moins déjà ça.
Vient le tour de Farid, troisième nominé, à qui les animateurs demandent son avis sur les deux autres nominés, ennemis jurés : le boxeur ménage la chèvre et le chou pour ne pas se faire un ennemi de David si Vendetta est éjecté. C'est de bonne guerre, mais V. fait la tronche. Il ne sera pourtant pas rancunier au moment du verdict...
Pour les autres fermiers, Farid est, je cite : « pitre », « farceur » et, selon Velvet, « rigolant » (« un nouveau mot français », souligne le pitre). Mais Velvet a les excuses que n'aura jamais David Malibu. Elle n'est pas francophone. Elle fait des efforts. Elle a tout mon soutien. Alors que Malibu a tout mon mépris. Vous voudriez que je reste neutre ? C'est impossible ! Non seulement Charvet et ses comparses me font abréger mes soirées au restaurant, mais en plus ils me polluent les oreilles avec leurs assassinats permanents de la langue de Didier Barbelivien ! C'est inacceptable ! Et je rêve que Malibu soit éjecté au plus vite de ce cauchemar !
La fameuse seconde célébrité est enfin annoncée : elle s'appelle Carine Dupré. Je tente frénétiquement toutes les orthographes possibles dans le moteur de recherche de Yahoo! pour savoir qui est cette nouvelle gourgandine, mais sans succès. Je tombe sur une musicienne et une enseignante, c'est-à-dire sur des êtres humains utiles au progrès de l'espèce. Aucune trace d'une bimbo quelconque. J'ai dû me tromper d'orthographe, aucun doute. En tout cas, celle-ci se dit, ô surprise, « mannequin et actrice », et elle veut à tout prix rencontrer « Monsieur Vendetta ». Le scénario est tellement lourd que je dois m'éclipser cinq minutes. Greg, que pour une fois on n'a pas trop entendu (quel répit !), pose une question : « Je peux lui dire un mot ? », « C'est une copine, je l'aime beaucoup », etc. On sent déjà les multiples embrouilles que cette arrivée risque de provoquer. Pauvre Mickaël. Un idiot parmi des salauds... L'entomologie de bazar propre à ce genre d'émission est parfois parfaitement révoltante. Mais bon : je suis payé pour chroniquer, et vous êtes, euh, pas payés pour regarder.
Bref, ladite Karine Dupré n'a que ça à dire, sur le plateau, à l'adresse des fermiers qu'elle va découvrir demain : « Les garçons, ne stressez pas, tout va bien se passer ! » Guillarmé hausse les sourcils, comme s'il se disait : « Mais qu'est-ce que c'est encore que cette pimbêche ? » Et nul doute que l'animal s'y connaît, en pimbêches. Ça promet.
Castaldi, décidément très en forme, et je ne cesse de me demander pourquoi, déclare, sans qu'on lui demande : « J'ai une patate olympique ! » Et je continue à me demander la marque de ses vitamines, parce que moi, comme d'habitude le vendredi soir, je pique du nez.
C'est enfin la grande scène du deux, celle de l'orphelinat, grand mélange assez immonde de bons sentiments, de post-colonialisme et de... Greg Basso, forcément ! Les hommes ont construit, les femmes ont décoré. Les rôles sont donc bien respectés. Florilège de l'inepte Basso : « je suis content », « petite pierre à l'édifice », « on en a pas encore fait assez, j'espère qu'on y retournera », « quelqu'un pourrait donner trois quatre z'ordinateurs »... Bref, vous voyez le topo. Entre chaque phrase consensuelle, le Greg se passe les mains dans les cheveux. Répugnant, non ?
Le prime a judicieusement été coupé d'une demi-heure, et à minuit, tout est plié. Dernière découverte, avant le verdict tant attendu : la « bubulle », une ignoble boule de plastique transparent — mais climatisée ! — et réservée au nouveau chef et à ses amis. Vu que c'est Vendetta — désolé si je casse le suspense, mais enfin, je l'ai déjà dit plus haut — qui est le nouveau chef, on imagine déjà Francky Vincent siroter des cocktails avec V. toute la semaine dans ce havre de climatisation. A priori, David Charvet, Greg Basso, Surya Bonaly et Kelly Bochenko devraient être totalement interdits de séjour dans la « bubulle ». Le problème, c'est qu'il est probable qu'ils n'en aient absolument rien à faire, ou alors c'est que je ne connais pas mes fermiers. Nous verrons.
Foucault sort la phrase qui fâche, lorsque Vendetta est sauvé le premier : « David, quoi qu'il en soit, votre stratégie n'a pas payé du tout. » Farid, qui se voit sans doute encore trop beau, se marre. Puis il se barre (passez-moi l'expression : je tuerais une blatte, ou un phacochère, pour un bon mot), car le public, cet idiot, en a décidé ainsi.
Suit alors un numéro ahurissant mais non exempt de panache de Vendetta, qui déclare vouloir partir avec Farid : « C'est mon pote, je le quitte pas, je reste pas avec des tocards ».
Bon... En fait, vérification faite sur le site de TF1, Vendetta, évidemment, reste. Et j'ai aussi découvert que « Karine Dupray », ça s'écrit comme ça. Et elle est très connue, puisqu'elle est la sœur de... Anthony Dupray. C'est qui, celui-là ? C'est personne. Karine est donc la sœur de personne et La Ferme continue à s'enfoncer dans le n'importe quoi sous-warholien, semaine après semaine. L'ennui, c'est que l'arrivée de ces deux nouvelles fermières signifie que le planning initial devrait être respecté : nous n'avons aucunement gagné deux semaines, les amis, comme j'en rêvais la semaine dernière. Les soirées au restaurant continueront à être tronquées trop tôt.
À la semaine prochaine !