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Etes-vous payés à votre juste valeur ?

Qui n'a pas sursauté en découvrant les rémunérations exorbitantes de certains dirigeants ? Pourquoi certaines professions paraissent-elles si chichement rétribuées alors que leur utilité sociale est incontestable ? «Le Nouvel Observateur» a sondé l'opinion des Français. Réponse : si chercheurs et infirmières méritent leur salaire, d'autres sont plus discutés.

Mode d'emploi

 

Beaucoup de prestige :

30% à 60% de l'échantillon : ****

20% à 29% de l'échantillon : ***

12% à 19% de l'échantillon : **

5% à 11% de l'échantillon : *

Très utile :

50% à 80% de l'échantillon : ****

40% à 49% de l'échantillon : ***

25% à 39% de l'échantillon : **

5% à 24% de l'échantillon : *

Salaire moyen net mensuel :

De 0 à 1500 euros : *

De 1500 à 2 500 euros : **

De 2 500 à 3 500 euros : ***

De 3 500 à 6 500 euros : ****

De 6 500 à 10 000 euros : *****

Plus de 10 000 euros : ******

Sondage réalisé par TNS Sofres les 8 et 9 décembre 2009 auprès d'un échantillon national de 1 000 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées en face-à-face à leur domicile.

 

1er Chercheur

 

Prestige : ****

Utilité : ****

Salaire réel : ***

Ce sont les héros du jour. Utiles, bien vus et nantis de salaires à dimension humaine : 2 990 euros net mensuels en moyenne, les chercheurs sont plébiscités. Douce revanche donc pour cette communauté qui s'était sentie profondément insultée l'an dernier par un discours de Nicolas Sarkozy raillant sa productivité. Or, sur la base de ses publications scientifiques, le CNRS vient d'être classé numéro un mondial des organismes de recherche par l'institut espagnol Scimago. Et le président Sarkozy lui-même a décidé de consacrer la majeure partie de son grand emprunt à la recherche scientifique. Ce regain d'intérêt légitime l'action de Sauvons la Recherche, un collectif impertinent qui lutte contre les réductions de crédits dans les labos. Mais les Français se trompent sur un point : ils évaluent la paie des chercheurs entre 3 000 et 5 000 euros net par mois. En réalité, les rémunérations sont moindres - surtout pour les débutants - et varient considérablement du public au privé. Selon une étude de la Commission européenne, les chercheurs du Vieux Continent sont moins bien rémunérés que les chercheurs américains, australiens, japonais ou même indiens.

A peine au-dessus du smic...

Camille Lobry, docteur en biologie, 30 ans, en CDD aux Etats-Unis, 3 500 dollars (soit 2 425 euros) net mensuels

Regard malicieux, jean et polo, Camille Lobry a encore un peu l'allure d'un étudiant sage. Il fait à peine ses 30 ans. Pur produit de l'université française, ce biologiste a choisi, comme beaucoup de jeunes chercheurs français, d'aller tenter sa chance outre-Atlantique. «Ici, il y a l'excitation de travailler là où les choses se passent et de formidables opportunités.» Sans compter qu'aux Etats-Unis le doctorat est un diplôme très prestigieux, le nec plus ultra... tandis qu'«en France un doctorat, tout le monde s'en fout. J'ai des copains qui sont au CNRS qui sont payés à peine au-dessus du smic»... Spécialiste de l'immunologie, Camille a été recruté en un clin d'oeil par un laboratoire de médecine de l'Université de New York et, s'il réussit à décrocher un financement, il pourra très vite augmenter son salaire. «Et si je souhaite rester, avec un tout petit peu d'expérience, les postes tournent vite autour de 100 000 dollars par an...» Quant à sa femme, ingénieur de recherche au CNRS, payée 1600 euros net mensuels, elle vient de se voir proposer un poste à 70 000 dollars annuels. Reviendront-ils ?

Cécile Frolet, docteur en biologie, en CDD pour le CNRS, 2 300 euros net mensuels

Cécile en a assez de piétiner. «J'ai 30 ans, j'ai travaillé tous les week-ends pour ma thèse, maintenant je voudrais vraiment démarrer une carrière !», explique cette jeune femme aux accents combatifs. Avec son brillant parcours, Normale sup et doctorat en biologie, cette passionnée de la lutte contre le paludisme aimerait bien trouver autre chose que des CDD. «J'ai une vraie vocation pour la recherche, et je me suis énormément investie pour travailler dans ce domaine, pour être plus «employable», j'ai totalement changé de sujet mais, à un moment, on en a assez de la précarité. J'ai besoin de construire ma vie, d'être dans des conditions qui me permettent par exemple d'avoir des enfants.» Bientôt en fin de contrat, Cécile pourrait sans doute facilement retrouver un CDD, mais dit-elle : «Je veux passer à autre chose, pourquoi pas dans le privé...»

 

2e Médecin généraliste

 

Prestige : ****

Utilité : ****

Salaire réel : *****

Les généralistes ont toujours la cote. Rien n'y fait, ni la méfiance grandissante envers le lobby des labos pharmaceutiques ni la psychose anti-vaccin. Leur utilité est reconnue, et leur rémunération, à la hauteur de leur mérite : 6 510 euros mensuels avant cotisations sociales. Les toubibs peuvent dire merci à notre système de sécurité sociale qui garantit la stabilité de leurs revenus, même si les femmes gagnent en moyenne 40% de moins que les hommes. Bien représentée à l'Assemblée nationale, la profession sait y faire avancer ses intérêts. Elle a obtenu des revalorisations du montant des consultations sans réelles contreparties pour les caisses de la Sécu et a sauvegardé maintes fois la liberté d'installation, alors que les besoins sont insatisfaits dans de nombreuses régions.

 

3e Infirmière

 

Prestige : ****

Utilité : ****

Salaire réel : **

Pas de doute : dès qu'il est question de décerner la palme de l'utilité sociale, c'est toujours aux 510 000 infirmières et infirmiers qu'on pense. «Cela nous fait une belle jambe», disent ces professionnels que l'exercice use trop vite. Prenons les hospitaliers : «La durée de survie dans un même poste à l'hôpital est de sept ans. Soit deux fois la durée des études», ironise l'un d'entre eux. Horaires atypiques, pressions multiples, importante charge de travail, sous-effectifs : il faut avoir la vocation bien chevillée au corps pour tenir. D'ailleurs, la pénurie est telle que certains hôpitaux vont jusqu'à recruter les infirmiers avant même la fin de leurs études. De fait, le métier ne connaît pas le chômage. Mais bizarrement, pour cette profession, la sacro-sainte logique de l'offre et de la demande ne s'applique pas : le salaire tourne toujours autour 1 600 euros net mensuels (3 400 en libéral). «Et en plus, on se moque de nous, dit Philippe, notre témoin (lire encadré ci-contre). Pour aller faire les vaccins contre la grippe A, on est payé 14 euros brut de l'heure, au même tarif que l'étudiant infirmier.»

Salarié à l'hôpital ou travailleur libéral

Philippe Abi Khalil, 26 ans, infirmier hospitalier à Paris, 1 739 euros net mensuels

Depuis deux ans, ce jeune infirmier à l'hôpital Pompidou travaille à un rythme d'enfer : trois folles journées par semaine, douze heures d'affilée, la nuit comme le jour, «on change tous les trois mois». Tout ça pour un mini salaire, 1739 euros net par mois, et une réputation qu'il juge (à tort) médiocre : «A l'exception du fantasme de l'infirmière nue sous sa blouse, beaucoup de gens ont de nous une image négative. Es pensent qu'on sert à porter les plateaux- repas, faire des piqûres et torcher les culs.» Déprimé, Philippe ? Pas du tout. «J'adore mon boulot. Dans mon service - réanimation, salle de réveil et accueil de polytraumatisés -, les tâches sont variées, souvent très techniques. Je suis dans l'un des meilleurs hôpitaux de France, avec du matériel pointu et des médecins de renom. Tant que j'apprends, je reste.» Il a le choix, c'est bien sa force. D'ici à cinq ans, il pourra changer de voie professionnelle - beaucoup de ses pairs se reconvertissent dans les laboratoires pharmaceutiques. Ou alors grimper dans la hiérarchie hospitalière. Ou encore partir exercer son métier à l'étranger. En Suisse ou au Luxembourg, le salaire d'un infirmier est «trois à cinq fois supérieur».

Joëlle Suc, 44 ans, infirmière libérale à Toulouse, entre 3 000 et 4 000 euros net mensuels

Après six ans dans un service oncologique, Joëlle a compris que l'hôpital n'était pas fait pour elle. Indépendante d'esprit, elle s'est alors installée à son compte dans le quartier du Mirail à Toulouse. «C'est infiniment moins dur que le salariat. Je gère moi-même mes horaires et j'aime le relationnel avec les patients.» Ses revenus aussi se sont bonifiés : elle gagne entre 3 000 et 4 000 euros net par mois, «c'est vrai, je gagne décemment ma vie». Mais son job n'est pas de tout repos. Elle travaille en alternance avec une associée, week-ends et fêtes compris. Chaque jour, elle parcourt entre 60 et 100 kilomètres dans sa petite Kia grise pour assurer une cinquantaine de visites à ses patients. Si certains soins sont bien payés comme les perfusions (30 euros), d'autres sont peu rentables  :«Une piqûre intramusculaire, c'est 5,45 euros, déplacement compris. E faut donc en faire beaucoup, se lever tôt, et rentrer tard, pour bien gagner sa vie.»

 

4e Professeur des écoles

 

Prestige : ****

Utilité : ****

Salaire réel : **

Les hussards de la République tiennent bon. Même si l'école fait continuellement l'objet de toutes les critiques... Les sympathisants de gauche et les Français aux revenus modestes leur sont les plus favorables. Il est vrai que la formation des enfants est une noble tâche. Pour l'exercer, il faudra bientôt être titulaire d'un diplôme bac+5 et se contenter néanmoins d'un médiocre salaire : 2 000 euros net mensuels en moyenne. Ajoutons que les réductions d'effectifs très importantes depuis trois ans alourdissent la charge de travail d'enseignants toujours en première ligne face à la détresse sociale.

 

5e Agriculteur

 

Prestige : ***

Utilité : ****

Salaire réel : **

Révolte des producteurs de lait, colère des fruitiers du Sud de la France... Les agriculteurs ont réussi à faire entendre leur détresse. Confrontés aux pratiques prédatrices de la grande distribution, la profession voit fondre ses revenus - 2 200 euros net mensuels en moyenne - et ses effectifs. On comptait presque 1,5 million d'agriculteurs en 1982, ils sont aujourd'hui à peine plus de 600 000. Et, selon l'Insee, leurs revenus ont plongé de 34% en 2009 ! En cause le prix du pétrole, les matières premières, puis l'effondrement des cours que les subventions ne suffisent à compenser. Mais revenus et conditions de vie varient du tout au tout entre «le producteur laitier qui doit s'occuper de ses bêtes tous les jours et les grands céréaliers qui, en dehors des périodes de semis et les récoltes, ont peu de contraintes...», souligne un expert.

 

6e Ingénieur

 

Prestige : ****

Utilité : ****

Salaire réel : ***

Polytechnique, Centrale, Supélec... L'ingénieur est au coeur du modèle de réussite à la française. Et continue de faire rêver. Voilà pourquoi, sans doute, les Français estiment la rémunération de ces têtes bien faites et bien pleines entre 4 000 et 6000 euros net mensuels... Beaucoup plus que la moyenne effective, qui s'établit à 2 800 euros ! Un tel écart entre la perception et la réalité s'explique : en effet, les revenus varient considérablement en fonction des secteurs, des métiers extrêmement variés rassemblés sous ce vocable. En France, ingénieur n'est pas tant une fonction qu'un statut.

 

7e Assistante maternelle

 

Prestige : ***

Utilité : ****

Salaire réel : *

Utiles, bien sûr. Sinon comment seraient-elles devenues un mode de garde de plus en plus répandu ? Près de 17% des enfants âgés de 4 mois à 2 ans et demi y ont recours. Et les parents qui leur confient ce qu'ils ont de plus cher au monde leur en sont reconnaissants. Le métier a d'ailleurs gagné en légitimité : avec, depuis 2005, une convention collective, des fiches de paie, la mensualisation et, par ricochet, le bénéfice de la Paje (prestation d'accueil du jeune enfant). Avec un salaire inférieur au smic, - 970 euros en moyenne -, les 270 000 assistantes maternelles ont en revanche bien peu de prestige auprès de la population. Et elles en souffrent, à en croire une étude de la Drees (Direction de la Recherche, de l'Etude, de l'Evaluation et des Statistiques) menée en 2008. Si la plupart d'entre elles exercent ce métier un peu par défaut, elles sont aujourd'hui de plus en plus nombreuses à espérer le voir valorisé par un diplôme.

 

8e Avocat

 

Prestige : ***

Utilité : ***

Salaire réel : ****

Voici l'une des rares professions dont l'appréciation a progressé, en particulier aux yeux des jeunes. Sans doute faut-il y voir l'un des effets de la «judiciarisation» de notre société, qui confère un rôle toujours plus important aux experts du droit. Le revenu moyen net mensuel des avocats est confortable : plus de 6 000 euros avant cotisations sociales. Logique : la grande majorité des 48 000 avocats recensés en France exerce dans la spécialité lucrative du droit financier. Les effectifs explosent et se féminisent. Et les écarts de rémunération entre experts des grands cabinets anglo-saxons et petits cabinets de proximité ne cessent de se creuser. Du coup, si hommes et femmes débutent presque à égalité, au bout de dix ans une avocate - elles ne choisissent pas les mêmes créneaux - gagne deux fois moins qu'un avocat...

 

9e Magistrat

 

Prestige : ****

Utilité : ***

Salaire réel : ****

Dans la plupart des nouveaux tribunaux de grande instance, l'estrade sur laquelle siège le magistrat a été descendue d'un cran. Un détail, sans doute. Mais il est, pour la profession, significatif de la désacralisation progressive de son pouvoir. L'affaire d'Outreau et la remise en question du juge d'instruction les avaient déjà bousculés. Les critiques réitérées de Nicolas Sarkozy et Rachida Dati ont fait le reste. L'opinion a peut-être fini par être sensible à cette musique. Résultat, s'il reste prestigieux pour 31% des Français, le métier a perdu de son aura. Et, pis, de son utilité. C'est même sur ce point que la chute est la plus sévère, comparé au sondage de 1989 (52% les pensaient indispensables, contre 40% aujourd'hui). En revanche, 60% ont une vision assez juste de leur salaire. Il est vrai que la fourchette est assez large : de 2 620 à 8 700 euros net selon le poste occupé.

 

10e Dirigeant d'entreprise (PME)

 

Prestige : ****

Utilité : ***

Salaire réel : ****

Qui a dit que les Français détestaient l'entreprise ? Dans leur esprit, il y a, semble-t-il, un abîme entre les grands méchants patrons des multinationales et les braves dirigeants de PME écrasés sous les charges, malmenés par les banques.Explication : le prestige et l'utilité des patrons des petites et moyennes entreprises grandit à mesure que la crise menace l'emploi. Près de 40% des Français sondés estiment qu'un patron de PME empoche entre 3 000 et 7 500 euros net mensuels. Une estimation qui rejoint la réalité : en moyenne, les dirigeants d'entreprise de moins de 250 salariés gagnent 4 400 euros net mensuels.

Patrons, diplômés d'HEC
L'utilité sociale ou l'utilité économique

Tristan Lecomte, 36 ans, PDG d'Alter Eco, distributeur de produits équitables, 5 000 euros net mensuels

A priori, il avait tout pour filer droit. Sorti d'HEC en 1994, il a aiguisé ses quenottes chez L'Oréal, avant de réaliser qu'il ne cadrait pas dans le tableau : «Je n'avais pas l'esprit de compétition et il m'était pénible de toujours cacher mes faiblesses. J'avais besoin d'une ambiance plus familiale et puis je me demandais : «A quoi servira ma vie ? A augmenter de 0,5% la part de marché d'un shampooing ?»  Cette quête de sens trouve une issue en 1998 lorsqu'il fonde Alter Eco, une chaîne de magasins équitables qui... fait un four. Il la transforme alors en importateur-distributeur équitable et convainc les grandes surfaces de s'y mettre. Carton plein, «même si en dix ans nous n'avons été rentables que quatre fois, car nos marges sont très réduites et nos contraintes énormes». Chez n'importe quel marchand du CAC 40, Tristan doublerait son salaire. Et alors ? Il vient de nouer un partenariat avec Matthieu Ricard, le moine bouddhiste, pour importer des nouilles tibétaines. Et ça le met en joie.

Alexandre Murat, 34 ans, PDG d'Adamence, joaillier en ligne, 7 000 euros net mensuels

Un diamant est éternel mais, à court terme, il est surtout... exorbitant. C'est sur ce constat qu'Alexandre Murat, diplômé d'HEC en 1995, a créé son site, Adamence.com. Il y vend en ligne des bijoux sur mesure «20% à 40% moins chers, à qualité égale». Le monde clos des diamantaires d'Anvers, ce descendant de Joachim Murat (1767- 1815), maréchal d'Empire et roi de Naples, en ignorait pourtant tout jusqu'à ce qu'il décide d'en faire son métier. Auparavant, il avait croqué de ci de là tout ce que lui offrait son prestigieux diplôme : marketing, high-tech, consulting... Et puis, en 2005, il s'est jeté à l'eau et conduit aujourd'hui le destin d'une douzaine de salariés. Le panier moyen de son cyberclient de base ? Autour de 2 000 euros. «Mais il nous est arrivé de traiter une commande à 100 000 euros.» Luxe, calme et internet.

 

11e Plombier

 

Prestige : **

Utilité : ***

Salaire réel : **

Eternel divorce des Français avec les métiers manuels. Le plombier en pâtit, bien sûr. Sauf pour les personnes âgées de plus de 65 ans - et encore est-ce tout relatif -, son prestige est au plus bas. Son utilité ne se discute pas chez les femmes et les employés. Mais les jeunes et les catégories socioprofessionnelles dites supérieures en doutent davantage. Et pourtant on court après ! Y aurait-il un peu de ressentiment dans ces réponses ? Une mauvaise expérience personnelle, un malentendu sur le coût d'une intervention ? Possible. 64% des Français leur attribuent d'ailleurs un salaire bien plus élevé qu'il ne l'est en réalité : 1 400 euros net mensuels pour le salarié, 2 166 euros pour l'artisan.

 

12e Policier

 

Prestige : **

Utilité : ***

Salaire réel : **

Des opérations chocs sous l'oeil des caméras filmant l'arrestation musclée d'un vieil homme sans papiers venu chercher sa petite-fille devant une école : la politique du chiffre sous l'ère Sarkozy n'a pas contribué à redorer l'image de la police. Comparée au précédent sondage de 1989, celle-ci s'est dégradée. Même leur utilité en a pris un coup. Encore qu'elle reste à des niveaux acceptables (48%) par rapport à d'autres professions. Dans le lot des défenseurs des policiers dont le salaire tourne de 1 800 à 2 816 euros net mensuels, plutôt des sympathisants de droite. Mais aussi, plus surprenant : des jeunes de 25 à 34 ans.

 

13e Dirigeant d'une multinationale

 

Prestige : ****

Utilité : **

Rémunération réelle : ******

Des rémunérations abyssales, enrobées de golden parachutes, golden hello, stock-options et autres retraites dorées... Tout ce débordement de millions ?- en ces temps de crise surtout - ne pouvait avoir de conséquence sur l'image des grands patrons. Et encore les Français ne savent-ils pas tout : plus d'un tiers d'entre eux, et notamment les ouvriers, sous-estiment leurs gains - de 80 000 à 300 000 euros net mensuels. Certes, l'argent et le pouvoir qui va avec leur procurent un peu de prestige. Du moins auprès des sympathisants de droite. C'est aussi dans cette catégorie qu'on leur trouve le plus d'utilité. Mais, eu égard à leurs mirifiques émoluments, celle-ci reste très relative.

 

14e Préfet

 

Prestige : ***

Utilité : **

Salaire réel : ****

La cote des préfets remonte. Un tout petit peu. La profession est loin d'avoir retrouvé son lustre d'antan. Mais enfin, c'est un peu de prestige et d'utilité gagnés sur le précédent sondage de 1989. A qui la faute ? A Sarkozy peut-être, qui n'a cessé de les mettre en avant ces derniers temps... pour les malmener. On les a vus se faire tancer en public pour mauvais résultats en matière de sécurité ou pour n'avoir pas su contenir des manifestants. Avec la grippe A et le plan de relance, ils ont peut-être été un peu plus visibles que par le passé. Mais leur utilité reste assez discutée, et leur salaire - entre 4 797 et 6 207 euros net mensuels -, ignoré par une majorité de Français.

 

15e Postier

 

Prestige : **

Utilité : ***

Salaire réel : *

L'attachement des Français à La Poste est réel. La dernière votation organisée par les syndicats pour tenter de s'opposer au changement de statut de l'entreprise l'a prouvé : 2,5 millions de participants. Mais la casquette du postier, elle, s'est usée. Même à l'extrême- gauche - la sensibilité à laquelle appartient le plus célèbre d'entre eux, Olivier Besancenot -, ils ne sont plus que 20% à trouver beaucoup de prestige au métier. Le salaire - 1 400 euros net mensuels - est pourtant surestimé. De peu. Il est vrai. Mais il y a tout le reste, et notamment l'avenir brumeux de la profession. Le facteur est entré en rude concurrence avec internet et ses e-mails. Le privé s'est mis de la partie, et les bureaux de poste désertent les campagnes.

 

16e Commerçant

 

Prestige : **

Utilité : ***

Salaire réel : **

Tributaires de la moindre saute d'humeur économique, les commerçants ont accusé le coup cette année. Affichettes vantant promos et rabais ont décoré les vitrines en 2009. Entre ceux qui peinent tout juste à se hisser au smic et ceux qui tournent autour de 5 800 euros net mensuels... le spectre est large. A qui pensent les Français lorsqu'on les interroge sur les commerçants ? A leur boulanger ? Ou bien aux grandes surfaces accusées de vivre sur le dos des agriculteurs ? Probablement un peu aux deux. Le résultat n'est en tout cas pas très flatteur pour la profession.

 

17e Conducteur de TGV

 

Prestige : **

Utilité : ***

Salaire réel : **

En toute logique, l'importance de leur fonction ne devrait pas faire débat. Jusqu'à preuve du contraire, la conduite des TGV n'est pas automatisée. Que le prestige des aristocrates du rail se soit érodé avec la banalisation de la grande vitesse, soit. Mais leur utilité ? Pourquoi n'est-elle reconnue que par 40% des Français ? On peine à trouver une explication évidente. Sauf à la chercher dans les grèves et les discours récurrents sur leurs prétendus privilèges. Qu'on se souvienne : lors du dernier grand conflit de 2007, une note estimant leurs salaires à 75 000 euros annuels s'était répandue sur la Toile à la vitesse du TGV. Impossible de l'arrêter Et tant pis si la réalité est très en deçà ?- de 1 500 à 3 400 euros net mensuels en fin de carrière -, le mal était fait. Même aujourd'hui, après la mise au point de la direction de la SNCF, la rumeur court toujours.

 

18e Journaliste

 

Prestige : ***

Utilité : **

Salaire réel : **

Utiles, les journalistes ? Pas vraiment, si l'on en croit les Français sondés par la Sofres. Certes, leur image s'améliore par rapport à l'enquête menée en 1989, mais la considération reste limitée. Le cabinet d'études Deloitte a demandé à des chefs d'entreprise quel animal incarnerait le mieux la corporation. Réponses : le renard - rusé mais voleur -, le vautour - charognard -, le papillon - inconstant... Le paradoxe, bien sûr, c'est que ce métier souvent décrié suscite toujours plus de vocations : 21% des personnes interrogées lui trouvent «beaucoup de prestige». Et ce malgré des débouchés faibles et un salaire moyen médiocre : 2 200 euros net mensuels. Car les 32 000 titulaires de la carte de presse ne sont pas tous intervieweurs vedettes ou présentateurs du journal télévisé !

 

19e Caissière

 

Prestige : *

Utilité : **

Salaire réel : *

Son blog sur internet l'a fait enfin remarquer. «Avant, dit-elle, je n'existais pas.» Les clients passaient sans même la regarder. Transparente, elle était une automate parmi les automates. Le sondage donne raison à Anna Sam, caissière en supermarché devenue en 2008 écrivain à succès. Ni prestige ni utilité pour ce boulot dont le salaire oscille autour de 1 140 euros net mensuels... Le métier a beau emprunter de nouveaux noms - hôtesses de caisse -, rien n'y fait. C'est tout juste si les commerçants eux-mêmes - leurs employeurs - les reconnaissent. Il est vrai que se testent aujourd'hui des machines destinées à les remplacer.

 

20e Député

 

Prestige : ***

Utilité : *

Salaire réel : ****

Malaise dans la République ! Les Français jugent leurs représentants inutiles. Faut-il y voir l'illustration d'un vieil antiparlementarisme ? Les effets d'une «omniprésidence» de la République qui transforme le Parlement en chambre d'enregistrement ? Ou la sanction d'une fonction de représentation nationale qui reflète de moins en moins la société ? «Les ouvriers et employés, qui forment aujourd'hui encore en France 60% de la population active, ne sont pratiquement plus représentés au Parlement, explique l'historien Michel Offerlé. Comment s'étonner qu'ils rejettent la politique et ses élites ? L'idée que la politique est une pratique d'experts, de techniciens de l'économie et de la chose publique s'est imposée, y compris à gauche. Avec des carrières précoces au centre du pouvoir politique et en passant par certaines écoles. Alors qu'en Espagne ou en Allemagne, par exemple, on peut faire carrière en partant du militantisme local, de terrain, et grimper dans l'appareil des partis.» Au coeur de la polémique, les indemnités des parlementaires - 5 350 euros net mensuels et 5 867 euros de «frais de mandat» versés mensuellement pour compenser leurs dépenses d'habillement, de réception, de loyer de leur permanence... - font fantasmer.

 

21e Ouvrier

 

Prestige : *

Utilité : **

Salaire réel : *

Ils ont disparu des affiches électorales. «Même les dirigeants du Parti communiste ne se revendiquent plus comme issus de la classe ouvrière», constatent, dans «la Revue socialiste», les historiens Frédéric Cépède et Eric Lafon. Et - le CSA l'a souligné dans une enquête publiée en octobre - on ne les voit plus à la télévision. Ni dans les programmes d'info ni même dans les émissions de divertissement. Les ouvriers, toutes catégories confondues, se sont évaporés. Ils sont pourtant 6 millions. Dans les conflits sociaux, ils ne sont plus nommés que comme des «Conti» ou des «Caterpillar». Transformés en opérateurs, ils ont aussi disparu du vocabulaire patronal, et leur spécificité s'est diluée dans celle des nouvelles catégories «ouvrières» du tertiaire et des services. Résultat, c'est le métier qui accuse la chute la plus spectaculaire dans l'opinion : 69% des Français les trouvaient encore très utiles il y a vingt ans. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 31% à le penser. De plus, les Français n'ont même pas une image correcte de leurs salaires - 1 470 euros net mensuels -, qu'ils ont tendance à surévaluer.

 

22e Présentateur télé

 

Prestige : ***

Utilité : *

Salaire réel : ******

Comme le journaliste, profession à laquelle il appartient, l'image du présentateur vedette progresse un peu dans l'opinion. Il n'en reste pas moins à des niveaux très bas. Les batailles d'ego, le vedettariat à outrance, la course à l'Audimat, sa banalisation avec la multiplication des chaînes, l'exposition de hauts salaires - entre 15 000 et 20 000 euros net mensuels -, la méfiance à l'égard des médias..., mélangez tout cela, et vous obtenez le deuxième plus mauvais score du sondage en termes d'utilité. Juste après les traders, profession honnie.

 

23e Secrétaire

 

Prestige : *

Utilité : **

Salaire réel : *

Seules les femmes, surreprésentées dans la profession (98%), accordent un peu de crédit aux secrétaires. Elles sont pourtant près de 700 000 - l'un des métiers aux plus gros bataillons -, exerçant souvent de facto des responsabilités importantes. Bras droit d'un patron de PME, secrétaire médicale qui reçoit les patients et met leurs dossiers à jour, femme à tout faire d'une start-up en plein essor... Le métier s'est longtemps conjugué au masculin. Le secrétaire particulier assurait alors une mission honorifique et stratégique. «Ces fonctions d'écriture leur conféraient souvent un rôle de confident, de conseiller dans des décisions importantes», explique Josiane Pinto, sociologue. Mais à la fin du XIXe siècle la machine à écrire arrive et le métier perd ses lettres de noblesse. Depuis, l'informatique a inversé cette évolution, permettant à certaines de se consacrer à des tâches plus valorisantes. Mais, dispersées dans tous les secteurs d'activité, les assistantes n'ont ni syndicat ni ordre professionnel; éternelles oubliées des conventions collectives, leurs salaires stagnent : 1 300 euros net mensuels en moyenne.

 

24e Employé de banque

 

Prestige : *

Utilité : *

Salaire réel : **

De son banquier, le public ne connaît bien souvent que son guichetier ou son conseiller de clientèle. Il est la figure visible d'une institution qui n'a pas lésiné pour se faire détester des Français lors de la dernière crise financière. L'employé de banque est celui qui refuse les découverts et les prêts aux entreprises tout en cherchant à lui vendre le maximum de produits financiers. Résultat ? Des professions passées à la moulinette du sondage, c'est la moins estimée. Il est l'homme ou la femme sur laquelle on se défoule. Une enquête du syndicat SUD des Caisses d'Epargne en témoigne : 87,7% des employés et commerciaux ressentent de l'agressivité de la part des clients. Ils gagnent en moyenne 1 770 euros net mensuels.

 

25e Trader

 

Prestige : *

Utilité : *

Salaire réel : ******

L'utilité des traders est inversement proportionnelle à leur salaire. Elle est aussi basse que leur rémunération est élevée. Le trader est sans conteste la figure nuisible de ce sondage. Tout cela n'a rien d'étonnant, bien sûr, après la période que nous venons de vivre. Il n'est pas sûr que la taxation de leur bonus 2009, envisagée du bout des lèvres par Nicolas Sarkozy sur le modèle britannique, les rende plus sympathiques aux yeux de l'opinion. Etonnés qu'on leur cherche des poux, les traders en exercice n'ont, semble-t-il, pas l'intention de s'amender. Et les prochains sont bien dépités : Dauphine a suspendu pour cette année son fameux master de finance 203 (il reste encore le 205 ou le non moins fameux master de Paris-VI). Le motif ? Diminution des débouchés et des possibilités de stage. Assurément, cela ne va pas durer. N. P. et V. R.

 

Arnaud Gonzague, Eve Roger, Nicole Pénicaut, Véronique Radier, Véronique Radier
source:Le Nouvel Observateur; reedition:AF.BLOGG.ORG

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