KASHGAR (AFP) - A trois jours des jeux Olympiques de Pékin, la sécurité a été renforcée dans un climat de tension mardi à Kashgar au Xinjiang, au lendemain d'un attentat qui a coûté la vie à 16 policiers, pour lequel des Ouïghours ont été arrêtés, selon les autorités.
Dix-huit "terroristes" étrangers ont été arrêtés dans la province musulmane du Xinjiang dans l'ouest de la Chine, ont annoncé mardi les autorités chinoises au lendemain de l'attentat meurtrier à Kashgar. "La police du Xinjiang a déjà arrêté 18 terroristes originaires de l'étranger", a déclaré lors d'une conférence de presse Shi Dagang, secrétaire du parti communiste chinois de Kashgar.
Il n'a cependant pas précisé les dates des arrestations Par ailleurs, la police chinoise a indiqué que les deux auteurs de l'attentat de lundi dans l'ouest de la Chine, étaient en possession de documents appelant à la guerre sainte islamique. "Sur les lieux, la police a trouvé deux couteaux utilisés lors de l'attaque et des documents de propagande appelant à la guerre sainte", a indiqué le ministère de la Sécurité publique dans un communiqué. Les policiers affirment avoir également retrouvé sur les lieux de l'attentat, des composants d'engins explosifs similaires à ceux saisis lors d'un raid policier contre un camp du Parti islamique du Turkestan oriental (ETIM) en janvier 2007 au Xinjiang.
C'est la première fois que les autorités chinoises citent l'ETIM comme pouvant être impliquée dans l'attentat survenu à quatre jours du début des JO de Pékin, l'un des plus meurtriers en Chine de ces dernières années. Selon l'agence officielle Chine Nouvelle, les responsables régionaux de la sécurité avaient récemment recueilli des "éléments suggérant que l'ETIM prévoyait de mener des attaques entre le 1er et le 8 août", date du début des JO d'été en Chine.
Fin juillet, ce groupe séparatiste ouïghour, qui cherche à établir un Etat indépendant au Xinjiang, a revendiqué plusieurs attentats en Chine. Sous la pression des Etats-Unis et de la Chine, l'ETIM a été placée sur la liste de l'ONU des organisations terroristes.
Les autorités chinoises n'ont fourni que peu de détails sur les deux Ouïghours, auteurs de l'attentat contre des membres de la police des frontières.
Selon l'agence officielle Chine Nouvelle, deux hommes à bord d'un camion ont foncé lundi sur un groupe de 70 policiers qui faisaient leur jogging matinal, à Kashgar, avant de lancer des grenades et de poignarder les survivants. Les débris de cinq engins explosifs ont été retrouvés sur les lieux.
Les deux assaillants ont été interpellés et ils sont ouïghours, l'ethnie principale du Xinjiang rassemblant des musulmans turcophones, a indiqué Chine Nouvelle. Ils font vraisemblablement partie de l'ETIM, le Parti islamique du Turkestan oriental, a affirmé mardi le quotidien officiel de langue anglaise China Daily. L'ETIM a été placée, sous pression chinoise et américaine, sur la liste des organisations terroristes de l'ONU.
Mardi à Kashgar, la sécurité a été renforcée, selon Chine Nouvelle et la tension était palpable. Les accès à l'internet ont été fermés, selon les résidents d'un hôtel. Des policiers ont fait irruption dans la chambre d'un photographe de l'AFP et l'ont forcé à effacer les photos qu'il avait prises du site. Les journalistes sont en outre suivis constamment par des policiers en civil.
Les autorités chinoises n'ont pas établi si l'attentat non revendiqué avait un lien avec les jeux Olympiques qui s'ouvrent vendredi. Elles ont assuré ne pas avoir de crainte pour la sécurité de la flamme à Pékin, lors du relais débutant mercredi. "Nous pouvons assurer la sécurité des jeux Olympiques", a affirmé mardi le porte-parole du Comité d'organisation (Bocog), Sun Weide.
"Nous avons déjà en place un imposant système de sécurité, nous sommes préparés à faire face à toutes sortes de menaces", a ajouté M. Sun. "Il y a un risque qui pèse sur la sécurité des jeux Olympiques, c'est pourquoi nous avons préparé des centaines de plans", a encore dit le porte-parole, sans donner de détails.
Selon des experts indépendants, le risque d'attaque islamiste en Chine lors des Jeux existe, mais la capitale chinoise sera une cible difficile à frapper, notamment par les radicaux ouïghours dont les déplacements sont très contrôlés.
Les Etats-Unis ont "vigoureusement" condamné l'attaque. Le président américain George W. Bush a quitté Washington lundi pour un voyage d'une semaine en Asie, avec une escale prévue vendredi à Pékin pour assister à la cérémonie d'ouverture des JO.