Cheb Mami, le "Prince du raï" loin des projecteurs
ALGER - Le chanteur Cheb Mami, le "Prince du raï", dont le procès pour tentative d'avortement forcé de son ex-compagne française s'ouvre jeudi à Bobigny, près de Paris, a mis sa carrière artistique en veilleuse et vit loin des projecteurs depuis deux ans en Algérie.
Mis en examen en octobre 2006, incarcéré trois mois à la prison de la Santé à Paris, puis libéré après versement d'une caution de 200.000 euros, Mohamed Khelifati, alias Cheb Mami, 42 ans, est depuis mai 2007 sous le coup d'un mandat d'arrêt international.
Interpol a demandé à Alger de le livrer à la France.
Vivant entre Oran, la métropole de l'ouest algérien où il possède quelques biens immobiliers, et sa ville natale Saïda, située à 437 km au sud-ouest d'Alger, Cheb Mami garde toujours le silence sur sa présence jeudi au procès pour tentative d'avortement de son ex-compagne française.
Celui qui est avec Cheb Khaled la grande figure de proue de la musique raï ne se produit plus sur scène et fuit la presse locale et étrangère. Il a mis sa carrière artistique en veilleuse et vit loin des projecteurs, une situation qui ne cadre pas avec son statut de star et de "Prince du raï", cette musique née en Algérie, à laquelle il a su donner une portée internationale en la mélangeant à d'autres genres musicaux.
Cheb Mami, "le môme", voit le jour le 11 juillet 1966 dans un quartier populaire de Saïda, dans l'ouest algérien, berceau de la musique raï (opinion). Ce style musical n'est alors chanté que par les femmes, qui expriment ainsi leur mal de vivre, et les anciens.
Deux ans après sa fuite en Algérie et sous le coup d'un mandat d'arrêt, la star du raï Cheb Mami doit répondre jeudi d'une tentative d'avortement forcé sur son ex-compagne devant le tribunal correctionnel de Bobigny, mais le flou demeure sur sa présence.
Mohamed Khelifati à l'état civil, Cheb Mami, 42 ans, est accusé de ««««complicité de violences»»»» avec circonstances aggravantes après une tentative d'avortement forcé subie en 2005 à Alger par son ex-compagne qui a finalement donné naissance à une fillette aujourd'hui âgée de 3 ans.
Il encourt 10 ans de prison et 150.000 euros d'amende.
Son ex-manageur Maurice Levy, sous contrôle judiciaire, doit aussi comparaître, pour les mêmes motifs, ainsi que son homme de confiance Hicham Lazaar et Abdelkader Lallali, soupçonné d'être son homme de main.
Près de quatre ans après les faits, la question est de savoir si le chanteur franco-algérien, qui s'est enfui en Algérie «pour être aux côtés de sa mère très âgée», va se présenter à l'audience.
«Il m'a assuré qu'il sera là. Il veut s'expliquer sur le fond du dossier», a déclaré son avocat Me Khaled Lasbeur. Rien n'est sûr, car le chanteur a multiplié les volte-face.
Cheb Mami avait d'abord répété qu'il souhaitait être jugé dans son pays natal parce qu'il ne faisait plus confiance à la justice française. «Je n'ai pas fui la justice, j'ai fui l'injustice. J'ai fui la justice à deux vitesses», a-t-il dit au Quotidien d'Oran en juin 2007. Puis dans le journal Libération, il se ravisait: «Je ne compte pas fuir mes responsabilités».
Mais, selon son avocat, Cheb Mami aimerait avoir des garanties pour comparaître libre, «ce qui est difficilement concevable vu qu'il y a un mandat d'arrêt contre lui», relève une source judiciaire.
Si Cheb Mami foule le sol français, le parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis) fera exécuter le mandat d'arrêt, selon cette source. Le prince du raï serait interpellé, un juge des libertés devant ensuite se prononcer sur sa détention provisoire.
Les faits remontent à l'été 2005. Cheb Mami est mis en cause par une photographe de presse de 43 ans avec qui il entretenait une liaison. Isabelle S. affirme avoir été amenée de force dans une villa à Alger après qu'elle eut annoncé sa grossesse au chanteur. Elle dit y avoir été droguée et séquestrée, deux femmes et un homme tentant de lui faire un curetage. En vain. De retour en France, elle porte plainte. Elle va donner naissance, en mars 2006, à une petite fille.
Selon des déclarations de Cheb Mami enregistrées par la victime en novembre 2005, celui-ci était présent lors des événements.
Mis en examen en octobre 2006 pour «complicité de violences» ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à 8 jours avec trois circonstances aggravantes (réunion, préméditation et faits commis sur personne particulièrement vulnérable), «complicité d'administration de substances nuisibles», et «menaces», Cheb Mami est incarcéré pendant trois mois à la Santé à Paris. Libéré après le versement d'une caution de 200.000 euros, il est placé sous contrôle judiciaire, mais s'enfuit en Algérie en mai 2007.
Une mandat d'arrêt est lancé contre lui et Interpol demande à Alger de le livrer à Paris.
S'il dit «regretter son attitude», Cheb Mami estime être victime d'une machination de son ex-impresario: «la plus grosse erreur de ma vie, c'est d'avoir suivi le mauvais conseil de mon manager juif», dit-il à la presse algérienne. Il dénonce aussi un «acharnement quasi orchestré des médias français (...) contre un nom célèbre arabe».
Nouvelles révélations dans l’affaire de Cheb Mami
L’ordonnance de la justice dans l’affaire de Cheb Mami fait ressortir de nombreuses contradictions dans les propos des accusés et les témoignages, ce qui laisse présager des surprises lors de la séance prévue au tribunal correctionnel de Paris, en France, le 2 juillet prochain.
L’ordonnance émise dans l’affaire de Cheb Mami par le bureau du juge d’instruction français Mathieu Bonduelle comprend 18 pages, avec la mention “confidentiel”. Echorouk qui en a obtenu une copie publiera demain à ses lecteurs tous les détails qui pourraient donner une nouvelle tournure à l’affaire.
Le document comporte des accusations graves de Mami à l’adresse de son manager Michel Levi, dont celle de tentative de kidnapping de son enfant immédiatement après sa naissance. Levi risque à présent la prison alors qu’il était auparavant en rapport indirect avec l’affaire.
L’ordonnance atteste que la victime, Isabelle Simon, était exposée à un avortement, et annonce la paternité de la star algérienne du rai Mohammed Khelifati, alias Mami. D’autres noms qui n’étaient pas prévus dans la citation à comparaitre, apparaissent dans le document dont celui de Hicham Lazar, complice de la tentative d’enlèvement de la fille de Mami.
Le rapport présente plusieurs accusations contre Cheb Mami, notamment: complicité d’enlèvement et séquestration, complicité d’administration de substance nuisible et menaces, violences contre la personne d’Isabelle Simon et intimidations pour ne pas porter plainte.
Cheb Mami pourrait ne pas revenir en France pour y être jugé, le 2 juillet prochain, après avoir pris connaissance de ces nouveaux rebondissements.