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Aux Oscars, le triomphe des Anciens sur les Modernes

Los Angeles Correspondante - Un générique nostalgique et nerveux à la fois, un compte à rebours à la manière des projections d'autrefois, chiffres blancs sur fond noir, entrecoupés des clips en couleurs des films en lice, une cérémonie dynamique présentée par deux acteurs jeunes et beaux, Anne Hathaway, 28 ans, et James Franco, 32 ans : tradition et jeunisme ont été soigneusement amalgamés lors de la 83e cérémonie des Oscars, remis dimanche 27 février, au Kodak Theater de Los Angeles (Californie), dimanche 27 février, par l'Académie des arts et des sciences du cinéma.

Les Oscars sont une grande opération de marketing pour tous les films sélectionnés, et les moins de 35 ans représentent la cible visée par Hollywood. "Tu es très séduisant pour la jeune tranche démographique", a ironisé Anne Hathaway à son coprésentateur ajoutant, pour marquer le ton délibérément aguichant de la soirée vue par un milliard de téléspectateurs : "Quelle grande année pour les lesbiennes !... D'ailleurs dans Toy Story 3, où est le père ?" Et, pour faire encore plus branché, le suspense était dans la salle autant que sur scène, avec James Franco nommé dans la catégorie de meilleur acteur pour son interprétation d'un randonneur qui s'est coupé le bras pour se sauver la vie dans le film 127 heures.

Cette année, la lutte pour l'Oscar du meilleur film était d'ailleurs perçue comme une querelle entre les Anciens et les Modernes, avec deux films favoris parmi les dix nommés : The Social Network, réalisé par David Fincher, sur la création du réseau Facebook, incarnait la modernité, produit par Sony Pictures avec un budget de 40 millions de dollars ; et Le Discours d'un roi, de Tom Hooper, l'histoire vraie de George VI, monarque anglais bègue, film indépendant qui a coûté 15 millions de dollars, représentait un cinéma plus classique.

Les 5 755 membres de l'Académie ont choisi de couronner Le Discours d'un roi, qui a reçu quatre statuettes, dont la plus prestigieuse. Colin Firth a accepté son Oscar tant annoncé de meilleur acteur, et rejoint la longue liste des acteurs britanniques honorés par l'académie américaine, récemment, Jeremy Irons et Daniel Day-Lewis. A 73 ans, le scénariste David Seidler a prétendu être le récipiendaire "le plus âgé" à recevoir l'Oscar du meilleur scénario, espérant que le record serait battu bientôt... Lui-même ancien bègue, il a dédié sa récompense à ceux qui souffrent de ce handicap et "dont la voix a enfin été entendue". Le Britannique Tom Hooper, Oscar de meilleur réalisateur, a remercié sa mère pour lui avoir soufflé l'idée du film.

Le choix du Discours d'un roi confirme une tendance des votants de l'Académie - où le collège des 1 183 acteurs est majoritaire - à préférer ces "films d'acteurs" qui offrent l'occasion de grandes performances à des comédiens. Ce succès aux Oscars - d'une histoire simple de handicap à surmonter à laquelle tout le monde peut s'identifier - reflète aussi le goût du public puisqu'en treize semaines d'exploitation Le Discours d'un roi totalise 235 millions de dollars de recettes mondiales, plus que The Social Network en 21 semaines (221 millions).

Inception a raflé les catégories techniques en remportant les Oscars des meilleurs effets visuels, de l'image, du mixage et du montage son. Titré mais déçu : tous les récipiendaires ont donc salué de façon insistante la vision du réalisateur, Christopher Nolan, le vaincu du jour. Grimaces aussi pour The Social Network : bien parti dans la course aux Oscars, le film est reparti avec seulement trois statuettes - meilleur montage, meilleure adaptation pour Aaron Sorkin, meilleure musique pour Trent Reznor et Atticus Ross.

Deux catégories d'acteurs ont complètement démenti les prévisions, grâce au même film, The Fighter, de David Russell : Christian Bale remporte le meilleur second rôle masculin, et Melissa Leo, meilleur second rôle féminin. L'actrice a occasionné un des moments drôles et émouvants de la cérémonie quand elle a reçu son Oscar des mains de Kirk Douglas, 94 ans. Encore brave avec sa canne, rigolant malgré ses difficultés d'élocution, il a confié à Anne Hathaway qu'elle était "gorgeous", confessant qu'il était encore "fou des belles femmes".

Comme prévu, Natalie Portman a reçu son premier Oscar pour son interprétation d'une danseuse dans Black Swan de Darren Aronofsky, qu'elle a qualifié de "visionnaire". L'actrice avait reçu, la veille à Santa Monica, le prix indépendant des Spirits Awards pour ce même rôle (Darren Aronofsky recevant le Spirit de meilleur réalisateur et de meilleur film).

C'est la voix de Céline Dion interprétant la chanson Smile qui a accompagné sobrement le traditionnel in memoriam célébrant les disparus de l'année, tandis que l'actrice Halle Berry a rendu un hommage spécial à Lena Horne, interprète du standard de jazz Stormy Weather, et première actrice noire à avoir signé un contrat avec un studio.

Rachid Bouchareb rentre pour la troisième fois bredouille du voyage californien : Hors-la-loi a été devancé par le film danois Revenge, de Susanne Bier. Dans une année riche en bons documentaires, Inside Job de Charles Ferguson, un film qui traite de la crise financière à Wall Street, a remporté l'Oscar de meilleur documentaire : "Trois ans après la crise, pas un seul responsable financier n'a été condamné à la prison, et ce n'est pas acceptable", a commenté le réalisateur.

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