• Vidéos et photos contredisent les versions officielles de la mort de Kadhafi

    Les tuyaux de drainage dans lesquels Mouammar Kadhafi a été capturé jeudi 20 octobre.AFP/PHILIPPE DESMAZES

     

    Mouammar Kadhafi a-t-il été lynché par des combattants libyens du CNT,

    jeudi 20 octobre, peu après sa capture dans les alentours de Syrte ? Le

    récit qu'en donne le nouveau gouvernement libyen, celui d'un échange de

    tirs malheureux, sans responsable, tranche avec les images crues d'un

    dictateur couvert de sang et empoigné par des combattants surexcités,

    qui circulent depuis jeudi sur Internet et les télévisions du monde entier.

    Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a demandé vendredi la mise sur pied d'une enquête : "A propos de la mort de Kadhafi [jeudi], les circonstances ne sont toujours pas claires. Nous estimons qu'une enquête est nécessaire", a affirmé le Haut-Commissariat, se référant à ces vidéos.

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    L'OTAN, dont les frappes aériennes ont stoppé le convoi dans lequel Mouammar Kadhafi tentait de fuir Syrte, sa ville natale, prise dans la matinée par les rebelles, n'a jamais dit que ses bombes l'avaient tué. "Nous avons appris par la suite de sources publiques et auprès du renseignement allié que Kadhafi se trouvait dans ce convoi et que notre frappe a contribué à sa capture". Le Conseil national de transition (CNT) s'en tient, par la voix de son numéro deux, Mahmoud Jibril, au récit d'une capture relativement pacifique, puis d'une fusillade entre révolutionnaires et forces kadhafistes, lors de laquelle le Guide aurait été atteint d'une balle dans la tête.

     

    DERNIÈRES SECONDES

    Les images filmées de ce qui apparaît comme les dernières secondes de vie de Mouammar Kadhafi indiquent que l'ancien "Guide" était encore vivant lors de sa capture près de Syrte.

    Dans la première de ces vidéos, transmise jeudi vers 17 heures au Monde.fr par un internaute anonyme, on voit l'ancien "Guide" de la Jamahiriya libyenne jeté à bas du capot d'un véhicule, tiré par les cheveux et mis à terre. On entend des coups de feu. La personne qui le filme avec un téléphone portable est prise dans la bousculade et finit par s'écarter. D'autres coups de feu retentissent hors champ.

    Une seconde vidéo de la même scène (ci-dessous), filmée selon un autre angle, et diffusée par l'agence Associated Press ce matin, montre le visage ensanglanté de Mouammar Kadhafi au sol en gros plan, plus longuement. Les hommes qui le tiennent crient tout au long de la vidéo "Ne le tuez pas ! Nous en avons besoin vivant !"

    Une source haut placée du CNT a déclaré à l'agence Reuters vendredi que les soldats "l'ont capturé vivant et alors qu'il allait être transporté, ils l'ont tabassé et ensuite ils l'ont tué".

    "ÉCHANGE DE TIRS"

    Mahmoud Djibril, chef du gouvernement du CNT, a cependant expliqué jeudi soir que Mouammar Kadhafi était mort d'une blessure par balle à la tête reçue lors d'une fusillade entre ses gardes et les soldats pro-gouvernementaux — c'est-à-dire après la capture du colonel.

    M. Djibril a raconté cette prise, dans un tuyaux de drainage des eaux en béton par lequel Kadhafi tentait de fuir : "Il avait un pistolet mais n'a opposé aucune résistance." Puis, toujours selon Mahmoud Djibril, Kadhafi aurait reçu une balle au bras droit en marchant vers le camion qui devait le conduire en captivité. Les soldats l'ont alors "hissé rapidement à l'arrière du camion et c'est alors que le véhicule a été pris dans une fusillade intense entre les révolutionnaires et les forces de Kadhafi, lequel a été atteint d'une balle dans la tête."

    M. Djibril a par ailleur lu le compte rendu d'un médecin légiste qui a examiné le corps de Kadhafi et "ne peut dire si la balle venait des révolutionnaires ou des forces de Kadhafi."

    Dans une autre vidéo postée sur YouTube, des soldats célébrant leur victoire entourent le corps de Kadhafi, exhibé comme un trophet après avoir été nettoyé de son sang. Une trace de balle y est nettement visible sur son front. De nombreuses photographies montraient une exhibition à la foule tout aussi macabre jeudi soir à Misrata, où le corps avait été emmené. Les soldats qui ont capturé Kadhafi en étaient originaires.

    À TRÈS PROCHE DISTANCE

     

    Dans les rues de Tripoli, des femmes célèbrent la capture et la mort de Mouammar Kadhafi.

    Dans les rues de Tripoli, des femmes célèbrent la capture et la mort de Mouammar Kadhafi.AFP/MAHMUD TURKIA

     

    Interrogé par le New York Times jeudi, un ancien médecin légiste de la municipalité de New York, le docteur Michael Baden, a affirmé que le corps portait les traces de deux blessures par balles à la tête, peut-être quatre. "Cela ressemble plus à une exécution qu'à quelque chose qui est arrivé pendant un combat", a déclaré M. Baden au quotidien, précisant que les images lui laissaient penser que les balles avaient été tirées à très proche distance. "Deux blessures comme celles-ci, qui ont l'air presque identiques, auraient été difficiles à produire à distance."

    Aucune vidéo montrant le colonel Kadhafi vivant après que l'ambulance l'a emmené de Syrte n'a fait surface. Selon un médecin qui a examiné son corps, Mouammar Kadhafi a été touché mortellement par balle au niveau des intestins après avoir été capturé. "Kadhafi était vivant quand il a été capturé et a été tué ensuite. La balle à l'origine de sa mort a pénétré son intestin", a dit le docteur Ibrahim Tika à la chaîne de télévision Al Arabia. "Il a ensuite reçu une deuxième balle dans la tête qui a traversé son crâne."

    "LE BUT DE LA COALITION N'ÉTAIT PAS DE TUER KADHAFI"

    Le but de la coalition internationale en Libye n'était pas de tuer Mouammar Kadhafi, a déclaré vendredi le ministre des affaires étrangères français Alain Juppé sur Europe 1. "Notre but était de le forcer à abandonner le pouvoir, a-t-il précisé. Il appartenait ensuite au Conseil national de transition de le capturer et de le juger selon des modalités qu'il lui appartenait de définir."

    Le CNT a fait savoir vendredi que l'enterrement de l'ancien dirigeant est reporté de plusieurs jours jusqu'à ce qu'un accord soit trouvé concernant le lieu de son inhumation.

    Louis Imbert, avec AFP et Reuters

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