• L'Iran tente de ralentir l'effondrement du rial

    Après des semaines d'effondrement du rial, la monnaie iranienne, la banque centrale du pays a annoncé qu'elle imposerait, samedi 28 janvier, aux changeurs officiels, semi-officiels et aux "dealers" de devises à taux libre des rues de Téhéran un taux de change fixe unique face au dollar, ont rapporté jeudi les médias iraniens.

    La décision intervient alors que les bureaux de change et les banques sont fermés pour le week-end, qui se déroule en Iran le jeudi et le vendredi. Elle doit prendre effet à la reprise des travaux parlementaires, les députés restant eux aussi opportunément silencieux cette fin de semaine. Le taux est fixé à 12 260 rials pour un dollar – il s'élevait à 22 000 la semaine dernière.

    L'Etat iranien tente ainsi de contrebalancer l'effet de pressions internationales qui cherchent notamment à empêcher les principales institutions financières de commercer avec l'Iran. Le Congrès américain a approuvé de nouvelles sanctions contre la Banque centrale iranienne en décembre, l'Union européenne le 23 janvier, en même temps qu'un embargo sur les importations de pétrole iranien ; ces sanctions doivent contraindre Téhéran à négocier la poursuite de son programme nucléaire controversé. Mais le rial n'avait pas besoin de sanctions pour inspirer peu de confiance aux Iraniens : l'économie intérieure est déjà fragile, fortement inflationniste.

    ACCALMIE

    Il existait jusqu'à ces dernières semaines deux taux officiels en Iran : un taux bancaire fixe de 11 300 rials pour un dollar, destiné aux opérations de l'Etat et aux importations officiellement approuvées, et un taux "parallèle" plus élevé, fluctuant au gré de l'offre et de la demande, auquel entreprises et particuliers pouvaient acheter des devises dans des bureaux de change agréés. A ceux-ci s'ajoutait, d'une part, le taux pratiqué en sous-main par les mêmes bureaux de change – qui se sont vu menacés jeudi de perdre leur licence s'ils vendaient à plus de 5 % au-dessus du prix officiel – et d'autre part, le taux des revendeurs de rue.

    L'annonce de la Banque centrale iranienne a eu pour effet de stabiliser la chute vertigineuse du cours. En une semaine, le rial a repris 25 % de sa valeur, remontant à 17 000 contre un dollar jeudi soir. Le cours de l'or –  une autre valeur refuge pour les Iraniens, comme l'euro – s'est lui aussi apaisé, baissant d'environ 20 %. Mais la chute pourrait reprendre.

    "Le problème aujourd'hui, c'est que la plupart des gens, les entrepreneurs, les importateurs, s'attendent à ce que la devise iranienne continue de chuter fortement. Ils s'accrochent donc à leurs dollars", analyse Scott Ross, professeur à l'université de Birmingham, qui suit en détail l'actualité iranienne sur le site EA Worldview.

    Depuis le mois de novembre, la raréfaction des devises entraînée par les sanctions bancaires occidentales avait fini par obliger la Banque centrale à cesser de soutenir sa monnaie par des injections massives sur le marché parallèle comme elle le faisait depuis des années, provoquant l'effondrement du rial.

    Mi-janvier, la Banque centrale avait rappelé aux changeurs que le marché était libre et ouvert, tout en leur demandant d'utiliser volontairement un taux fixe de 14 000 rials pour un dollar, en pure perte. Ils avaient cessé de vendre ouvertement, n'échangeant plus des devises que sous le manteau : par téléphone ou dans la rue.

     

    Les pressions américaines sur le système financier international obligent Téhéran à chercher des banques de second rang pour se faire payer ses exportations pétrolières, dans d'autres devises que le dollar.

    Les pressions américaines sur le système financier international obligent Téhéran à chercher des banques de second rang pour se faire payer ses exportations pétrolières, dans d'autres devises que le dollar.AFP/ATTA KENARE

    Cette crise intervient dans un contexte de forte inflation, estimée à 21 % officiellement, mais des parlementaires conservateurs donnent ouvertement 30 %. Cette fragilité est en partie due à des coupes décidées en 2010 par le président Ahmadinejad dans les subventions accordées par l'Etat à une myriade de produits de consommation courante (du lait premier âge au blé en passant par les céréales, le sucre ou divers produits pharmaceutiques).

    "Pour certains produits alimentaires de première nécessité, l'inflation est bien plus rapide, rapporte la sociologue Azadeh Kian. Des produits d'importation comme le blé ou le thé sont directement touchés par la baisse du rial et cette inflation épuise l'épargne de la classe moyenne, qui a tendance à garder ses économies en banque."

    Le gouvernement s'est ainsi décidé, après plusieurs semaines d'hésitation, à remonter le taux d'intérêt bancaire plancher de 12,5 % à 21 %, soit un chiffre qui correspond tout juste à celui de l'inflation officiellement reconnue.

    LE COMMERCE EXTÉRIEUR EN DIFFICULTÉ

    Vendredi, des sources bancaires européennes annoncent par ailleurs que les principales institutions financières de l'Union ont cessé de financer le commerce maritime de grain vers l'Iran – des échanges qui peuvent influer significativement sur le prix de denrées alimentaires de base en Iran. "Il est très difficile d'organiser des transactions vers l'Iran à travers les banques. Certains acheteurs iraniens cherchent à utiliser d'autres moyens de paiement, en se passant de lettres de crédit, c'est-à-dire au fond en payant directement. Mais c'est un système ingérable pour de grosses cargaisons", déclare une source bancaire à l'agence Reuters.

    Téhéran peine également à faire payer ses exportations de pétrole via le système bancaire international. Ainsi l'Inde, qui importe 12 % de sa consommation de pétrole d'Iran (pour environ 12 milliards de dollars par an), a annoncé qu'elle ne se joindrait pas à l'embargo décrété par l'Europe le 23 janvier, mais le pays se demande encore comment continuer d'acheter à l'Iran.

    La semaine dernière, des émissaires indiens se sont rendus à Téhéran pour trouver une nouvelle voie (voir le blog de Parisa Keyhani, sur Le Monde.fr). L'Iran refuse d'être payée en roupies – difficiles à utiliser à Dubaï, l'un des principaux marchés extérieurs iraniens (en baisse). L'Inde, elle, refuse d'assumer les coûts de change de paiements en yen proposés par Téhéran.

    Louis Imbert, LeMonde


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