• 2012, la fin de l'euro...et le retour de l'inflation

    Par Philippe Mabille

    Dans l'émission "Capital", dimanche soir, un docu fiction sur le retour au franc, sur la base d'une parité 1 franc = 1 euro... mais aussi 1 dollar. Analyse des impacts économiques et très inflationnistes d'une mesure commentée par Marine Le Pen, la seule à proposer la sortie de l'euro dans son programme.

    La crise grecque va faire son retour sur le devant de la scène européenne cette semaine, les marchés hésitant entre l'espoir d'un accord avec les créanciers privés et la crainte d'un nouvel échec des négociations avec la troika FMI-BCE-Commission sur les mesures drastiques réclamées à Athènes (baisse du salaire minimum, nouveau plan d'austérité...). Avec à la clef la perspective d'un défaut de la Grèce avant fin mars, qui risquerait de déclencher une nouvelle contagion de la crise des dettes souveraines à l'Italie, l'Espagne et au Portugal. 

    Et si cette fois cela tournait mal ? Et si cette fois, cela conduisait à la fin de l'euro... et au retour aux monnaies nationales ? C'est ce scénario improbable mais possible que l'émission "Capital" de M6 a testé hier, avec en invitée vedette Marine Le Pen, la seule à proposer le retour au franc dans son programme présidentiel. La fiction, rendue crédible par la présentation d'un faux journal télévisé sur "le premier jour du retour au franc" a proposé aux téléspectateurs de se placer dans l'hypothèse où cette fin de l'euro aurait été décidée au cours d'un sommet européen de crise, la veille de l'émission de ce dimanche. Ironie de l'histoire, à la même heure, TF1 diffusait un pâle remake de "la guerre des monde", un film inspiré par le roman de HG Wells et qui, lu à la radio par Orson Wells en 1938, avait provoqué une véritable panique aux Etats-Unis. De là à penser que des téléspectateurs assoupis aient cru à la fiction de M6 et se ruent ce matin dans leur banque....

    Selon le docu-fiction de M6, donc l'affaire commence mal en ce premier jour du retour au franc. Discours emprunt de gravité de Nicolas Sarkozy, pour qui "rien ne sera plus comme avant...". Réunion de crise à l'Elysée et à Bercy, réquisition de la Banque de France, qui perdrait de facto son indépendance, garantie par le Traité de Maastricht devenu obsolète, contrôle des changes aux frontières avec interdiction de sortir du territoire avec plus de 400 euros... Le documentaire très bien réalisé avait des accents très réalistes. Interviews d'automobilistes tentant de rejoindre en panique la Suisse ou le Luxembourg pour changer des euros, mais aussi de commerçants ou de patrons de bistrots en train de réécrire leurs cartes en francs. 

    Car pour faire simple, le gouvernement a repris l'idée, qui figure dans le programme du FN, d'une parité 1 franc = 1 euro. Simple et facile à mettre en oeuvre, ce choix permet aux autorités de se donner six mois pour organiser le retour à la monnaie nationale, imprimer des billets de banque. Que ceux qui ont gardé leurs anciens francs ne se réjouissent pas trop vite... Ce sont de nouveaux francs qui seront mis en circulation, à l'effigie de Jean Moulin (50 francs), Henri Matisse (100 francs) ou Jules Vernes (500 francs). L'avantage, c'est que pendant cette période de cohabitation euro/franc, les échanges monétaires ne changent, en apparence, pas.

    Pourtant, en réalité, tout change, et ce dés le premier jour... Dans la perspective d'une dévaluation du franc face au dollar, M6 examine les conséquences inflationnistes de la fin de l'euro, qui se révèle vite être une catastrophe économique. D'une parité 1 euro pour 1,30 dollar, on passerait à 1 franc pour 1 dollar, soit une perte de valeur de 30%. Tous les prix à l'importation flambent évidemment, à commencer par les prix de l'énergie. Par anticipation, des stations service commencent à afficher le super sans plomb 98 à presque 2 euros (ou deux francs !) provoquant la colère des automobilistes. L'impact négatif sur le pouvoir d'achat est immédiat. Alors que des manifestations de joie se déroulent à Athènes et à Rome où l'on brûle le drapeau européen, Marc Fiorentino évoque le spectre de la crise de 1929. C'est que le réveil risque d'être rude. Jean-Marc Daniel, économiste à l'Institut de l'entreprise, et Elie Cohen, du CNRS (et membre de l'équipe d'économistes de François Hollande) préviennent : attention au retour de l'inflation. Les exportateurs sont contents, certes : un fabriquant de chaussures se réjouit de pouvoir vendre aux Etats-Unis pour 110 dollars ce qu'il proposait à 130 dollars. Mais de nombreuses industries subissent de plein fouet la hausse des prix à l'importation (énergie et matières premières). Incapables de s'adapter, les usines ferment et rapidement, 1 million d'emplois sont menacés.

    La crise atteint aussi le financement de l'Etat, donc le versement des salaires des fonctionnaires. Quel que soit le cas de figure, la fin de l'euro pénalise les investisseurs étrangers, qui détiennent 1.000 milliards d'euros de dette française. Soit ils sont remboursés en monnaie de singe, avec un franc brutalement dévalué, si l'on applique un droit des contrats national ; soit la France rembourse en euros, mais voit la valeur de sa dette augmenter du jour au lendemain de 30%. Conséquence, un plan de rigueur sans précédent et des hausses d'impôts massives à côté desquels les deux plans Sarkozy-Fillon de l'automne semblent de la gnognotte...

    Inutile de dire que cette présentation a fortement déplu à Marine Le Pen qui s'est efforcée de convaincre que ce retour au franc ne serait pas la catastrophe que l'on dit... Mais pour faire la pédagogie de la crise actuelle et des enjeux de la campagne présidentielle, on peut dire que M6 a plutôt bien réussi son coup...


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